Le Neiguev et Eilat

 
Au sud, le désert du Néguev constitue une grande partie du pays. Beer-Shev'a est la capitale du sud. Eilat, grande station balnéaire sur la mer Rouge marque la frontière sud d'Israël.
 
 
Le Neguev : le désert du sud 
Le nom même de Néguev évoque l'image de paysages déchiquetés, une étendue d'espaces désolés, un soleil harassant et un air sec et brûlant. De fait, il est aussi vaste qu'on peut s'y attendre, représentant 60 % de la superficie de l'État d'Israël, mais habité par 10 % seulement de sa population. Pourtant, le Néguev est loin d'être désertique : on y trouve une nuée de communautés agricoles florissantes, une « capitale » en expansion, un écosystème complexe et - depuis qu'Israël a renoncé au Sinaï, en 1982 - d'importantes installations militaires.
Le terme hébreu signifie « pays sec », et le Néguev est en effet un véritable désert géologique, avec des précipitations variant de 300 mm de moyenne annuelle dans le nord, à pratiquement zéro dans la région d'Élat.
Au nord et à l'ouest, le Néguev est une plaine plate et poussiéreuse, ponctuée d'oueds, de lits de rivière caillouteux et asséchés, remplis occasionnellement par les violentes précipitations hivernales. Au sud, s'élèvent des montagnes de silex, de calcaire et de craie, de spath et de granite, avec, à l'est, la vallée de l'Arava qui les sépare de l'Edom biblique, aujourd'hui en territoire jordanien.
Mais, bien qu'il soit un désert, le Néguev, comme le reste du pays, est saturé d'histoire. Dans les temps préhistoriques, la région, plus verdoyante, était habitée. La désertification s'est faite ultérieurement.
A l'époque d'Abraham, vers 2000 av. J.-C., le pays était peuplé par des tribus nomades. Et lorsque au xine siècle av. J.-C., les fils d'Israël quittèrent l'Égypte, les belliqueux Amalécites leur barrèrent le chemin de la Terre promise, retardant de plusieurs décennies leurs projets d'installation. Josué finit par conquérir Canaan et attribua le Néguev à la tribu de Siméon, mais seule la partie nord fut alors investie. Le roi David étendit la règle israélite à l'ensemble du Néguev, au Xème siècle av. J.-C., et son fils Salomon fit construire une succession de forts, pour le défendre. Salomon développa également les fameuses mines de cuivre de Timna et le port méridional d'Etzion Geber, l'actuel Elat. Après la division du royaume en Israël et Judée, la région fut occupée par les Édomites qui en furent chassés à leur tour par les Nabatéens, au iei siècle av. J.-C. Au Moyen Age, ce fut un centre important de l'Empire byzantin. Au cours des siècles suivants, le Néguev resta le domaine des tribus nomades bédouines jusqu'aux débuts de l'immigration sioniste en Palestine, dans les années 1880. Mais ce n'est qu'en 1939 que le premier kibboutz, le kibboutz Negba, réussit à s'installer au nord-ouest de Beer Sheba. Trois autres postes avancés furent créés en 1943, toujours dans le Néguev occidental, puis onze de plus en 1946.
Les Juifs durent se battre pour l'intégration du Néguev dans l'État d'Israël, et la résolution de l'ONU de 1947 leur en accorda la plus grande partie. Le reste fut conquis au cours de la guerre d'indépendance de 1948, avec la retraite des troupes égyptiennes et transjordaniennes.
David Ben Gourion, le premier premier ministre d'Israël, était un fervent supporter du développement du Néguev, et lorsqu'il se retira de la vie politique, il choisit d'aller vivre dans ce qui n'était alors qu'un kibboutz minuscule et isolé, en plein coeur du désert, Sde Boqer. C'est d'ailleurs là qu'il fut enterré, en 1973.
 

Beer Sheba

Bien que Beer Sheba soit devenue une ville moderne, elle a gardé quelque chose de l'atmosphère du poste frontière qu'elle était à l'origine : bruyante, affairée et débordante d'énergie.
En dépit des efforts des urbanistes pour créer un nouveau centre, plus à l'est, la « vieille ville » reste le coeur vivant de Beer Sheba. Le plan rectangulaire de ses rues, plutôt inattendu en ce lieu, est l'oeuvre d'un ingénieur allemand qui avait servi dans les rangs de l'armée turque avant la Première Guerre mondiale. Le reste de la ville est moins rigoureux : concession à l'esprit d'improvisation qui régnait en Israël à une certaine époque, vaguement inspirée des cités-jardins britanniques, sans considération aucune pour les conditions climatiques et topographiques spécifiques du désert.
Malgré des efforts héroïques de la municipalité pour planter des arbres et créer des espaces verts, il y a encore trop de terrains vagues, et Beer Sheba a dû fonder sa propre compagnie d'autocars urbains (qui fonctionne à perte), car la compagnie régulière, qui assure les transports urbains dans tout Israël, refusait d'opérer sur un réseau aussi étendu.
Mais la ville, construite hâtivement à une époque où la population d'Israël avait doublé du fait de l'arrivée d'immigrants venus d'Europe et du Moyen-Orient, n'aurait pu être bâtie autrement. Le temps manquait pour une planification plus adéquate. Aujourd'hui, avec une population de cent vingt mille habitants, une industrie de base florissante, une université, un hôpital, une école de médecine, un conservatoire de musique, une école de danse, un orchestre et un centre artistique, Beer Sheba est la quatrième ville d'Israël.
Beer Sheba est une communauté d'immigrants, dans tous les sens du terme. Ses habitants sont originaires de plus de soixante-dix pays, et les tout premiers immigrants, venus de Roumanie et du Maroc, y côtoient ceux qui sont arrivés plus récemment d'Argentine ou d'Union soviétique. Ville arabe jusqu'en 1948, c'est aujourd'hui une ville à dominante juive. Mais des centaines de Bédouins des environs sont venus s'installer ici, et ils forment aujourd'hui une partie importante de la population.
Le nom de Beer Sheba signifie « le puits du serment », en souvenir du pacte qui lia le patriarche Abraham et Abimélech, le souverain local, pacte qui accordait à Abraham l'usage d'un puits pour abreuver ses troupeaux. La localisation exacte de ce puits fait l'objet de nombreux débats. Le site traditionnel se trouve au bout de la rue principale, dans la vieille ville, mais, plus récemment, les archéologues ont suggéré qu'il pouvait s'agir du puit de 40 m creusé sur le site de Tel Beer Sheba, à 6 km à l'est de la ville moderne.
Beer Sheba est mentionné à d'autres reprises dans la Bible : Isaac, Jacob et Josué sont passés par là, et Élie s'y réfugia pour échapper au courroux de Jézabel.
 

La vallée de l'Arava

La route de l'est passe devant le moshav de Nevatim, installé au début des années 50 par des Juifs venus de Cochin, en Inde du Sud. Dans le kaléidoscope que forme la population israélienne, ces superbes Indiens à peau sombre se distinguent vraiment. Au cours des dernières années, ils ont fait parler d'eux en faisant pousser des fleurs d'hiver qui sont exportées par avion dans toute l'Europe. Cette industrie, qui bénéficie du climat tempéré du désert, a été développée par d'autres communautés, et est devenue l'une des plus grosses exportations d'Israël.
Plus à l'est, les villes nouvelles de Yeroham et de Dimona, construites au milieu des années 50, furent établies à l'origine par des immigrants venus d'Afrique du Nord. Yeroham possède un nouveau parc, à 10 km au sud de la route, qui devrait devenir un jour une sorte d'oasis verte, tranchant sur un environnement gris-brun et aride. Mais, pour l'instant, la poussière et le sable ont tendance à prendre le pas sur les arbres encore à hauteur d'homme. Tout près, s'étend un lac artificiel, créé à partir d'un oued dont les eaux hivernales sont retenues par un barrage.
 
 
Le Néguev occidental et le plateau
A l'ouest de Beer Sheba, le désert est plat et morne, plus propice à la colonisation qu'au tourisme. C'est une région de plantations de coton et de pommes de terre, d'immenses champs de blé, irrigués par
les eaux de la National Water Carrier, qui aboutissent ici et à Beer Sheba. Les premiers kibboutzim du Néguev furent construits dans cette région dans le années 40 et, après la signature du trait de paix avec l'Égypte, certaines de implantations israéliennes dans le nord d Sinaï furent transférées à Pit'hat Shalor (la région de la Paix) à proximité de la frontière internationale de 1982. A l'est de ces villages, se trouve le Eshkol Pari 1 500 ha d'arbres, de pelouses et de terrains de jeux, avec un amphithéâtre, un piscine et un étang naturel, entouré de typhas et de bambous.
La route du Néguev occidental, qui part vers le sud, est considérée comme « zone militaire », car elle longe de très près la frontière égyptienne, et les usagers qui la traversent doivent remplir des formulaire fournis par l'armée. Depuis la signature du traité de paix avec l'Égypte en l979, elle ne présente plus aucun danger, mais l'armée tient à connaître l'identité de ceux qui y circulent pour éviter que de voyageurs ne s'égarent à la tombée de la nuit.
 
 
Eilat : Porte de la Mer Rouge
Élat est la communauté la plus méridionale d'Israël, une enclave sur la mer Rouge. La station balnéaire la plus populaire d'Israël est aussi un véritable paradis pour les plongeurs, les spécialistes de planche à voile, de surf, de ski nautique, pour les nageurs, les navigateurs, les constructeurs de châteaux de sable, les amateurs de bikinis, de poissons tropicaux, d'oiseaux exotiques, ou les adorateurs du soleil. La seule industrie significative d'Élat consiste justement à aider les gens à ne rien faire de productif. C'est une ville sensuelle qui attire les contemplatifs sensibles à la beauté naturelle des sites, et qui incite à la sieste, aux plats épicés et à la bière fraîche.
Les habitants d'Elat ont curieusement baptisé leur ville « Première Ville », parce qu'elle aurait été le premier lieu du territoire de l'État moderne d'Israël à avoir été, peut-être, occupé par les Fils d'Israël après leur départ d'Égypte (Deutéronome 2, 8).
Quelques siècles plus tard, le roi Salomon construisit un port à cet emplacement et le baptisa Etzion Geber. Avec l'aide du roi Hiram de Phénicie, le monarque avisé fit partir une flotte de ce nouveau port vers l'est et le pays d'Ophir pour « aller chercher de l'or, quatre cent vingt talents, et les ramener au roi Salomon » (1 Rois 9, 26). Et comme il fallait environ trois mille shekels pour faire un talent, et une demi-once d'or pour faire un shekel, ces marins ont dû embarquer près de vingt tonnes d'or.
Élat changea de mains à plusieurs reprises au cours des siècles suivants. Les Edomites l'occupèrent pendant un temps, puis le roi Ozias, qui la rendit à la tribu de Juda. Mais les Syriens la leur arrachèrent ultérieurement. Toute une succession de conquérants s'y installèrent par la suite : les Nabatéens, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Mamelouks, les croisés, les Turcs ottomans... Lescroisés laissèrent derrière eux une forteresse du XIIème siècle, sur Coral Island, juste au sud de Taba. Le colonel T.E. Lawrence (Lawrence d'Arabie) y fit une étape après sa conquête d'Akaba.
La dernière « conquête » d'Elat est à mettre sur le compte des forces de défense israéliennes, qui foncèrent sur les ruines de Umm Rashrash - un « poste de police » déserté, en torchis, qui se dressait solitaire à l'endroit où se trouve aujourd'hui le centre de la ville - lors de l'opération Uvda, en mars 1949.
Bien, que les Nations unies aient accordé lat à Israël dans leur plan de partage, la guerre d'indépendance fut conduite si hâtivement dans cette partie de la Terre promise que les troupes israéliennes arrivèrent sur les lieux sans même un drapeau pour proclamer ce territoire partie intégrante du nouvel État. C'est ainsi qu'un soldat qui avait fait preuve de talents artistiques se vit remettre un drap blanc et une bouteille d'encre bleue avec pour mission de fabriquer pour la circonstance un drapeau israélien de dimensions appropriées.
 

Les rochers

Un adage est né parmi les habitants d'Élat : « Si nous pouvions exporter des rochers, nous serions tous millionnaires ! » Le secret de la réussite touristique de la ville est le renversement de cet adage : faire venir les étrangers jusqu'à ces rochers.
Ces rochers, formés par des soulèvements de la croûte terrestre, bien avant l'apparition de la vie sur notre planète, sont presque tous d'origine précambrienne. A une époque très lointaine, la plage s'étirait vers le nord et vers la mer de Téthys, qui recouvrait alors la Terre d'Israël. Au sud, s'étendait le vaste bloc continental du Gondwana qui, à la fin du trias, se détacha de l'Inde, de l'Afrique, de l'Amérique du Sud, de l'Australie et de l'Antarctique, soulevant le lit de la mer de Téthys qui vint former la surface rocheuse d'Israël.
     
L'Israël