Le Shanxi

 

Superficie : 156 km².
Population : 29 millions d'habitants.
Capitale : Taiyuan.
Principaux cours d'eau : le fleuve Jaune qui sépate le Shanxi du Henan au sud, et le Shaanxi à l'ouest,
et la rivière Fen.
Prodiction agricole : blé, maïs, millet, sorgho.

Les plaines fertiles et riches en minerais du centre de la province furent l'un des premiers berceaux de la civilisation chinoise.
Les Chinois estiment que les empereurs mythiques Yao, Shun et Yu avaient établi leur capitale dans la région du Shanxi. Ce point de vue s'explique par la richesse et l'ancienneté des vestiges historiques qui y furent découverts.
A l'époque des Printemps et Automnes (770-475 av. J.-C.), le Shanxi était divisé en trois Etats dont celui de Jin, qui parvint à s'imposer aux deux autres de 632 à 597. Durant la période des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), Jin fut scindé en trois royaumes : Wei, Han et Zhao. Lunité ne se fit qu'en 221 av. J.-C. avec la victoire de l'Etat de Qin. Le nord du Shanxi fut occupé à maintes reprises par des « barbares » venus du Nord: au tv' siècle, les Xiongnu y fondèrent le royaume des Zhao antérieurs. Des tribus Xianbei y constituèrent une dynastie qui prit le nom de Wei du Nord (386-534).
Puis des Kitan vinrent envahir l'empire éclaté de la fin des Tang et fondèrent la dynastie des Liao (907-1125). Au XIIIème siècle, le Shanxi fut l'une des premières régions occupées par les Mongols.
Tout au long de son histoire mouvementée, le Shanxi est resté un important foyer culturel et religieux. De nombreux vestiges de temples bouddhiques témoignent de la ferveur religieuse qui régnait en ses terres. Les montagnes du nord de la province, que traversait la Grande Muraille, servaient de remparts aux tribus nomades. La province avait un rôle de bastion chaque fois que l'empire était fort et unifié et devenait une région puissante et quasi autonome chaque fois qu'il se morcelait.
La province du Shanxi est une province centrale du nord de la Chine. Bordée à l'est par le Hebei, au sud par le Henan, à l'ouest par le Shaanxi et au nord par la Mongolie, c'est une province dont la surface est occupée à 70 % par des massifs montagneux, d'où son nom « d'Ouest montagneux ». Son relief accidenté explique la faible densité relative de sa population.
Lindustrialisation de la province commença assez tardivement, dans les années 30. Taiyuan est aujourd'hui un grand centre sidérurgique, et la région de Datong un grand centre minier. Le climat de la province est continental et présente des différences de température très marquées : les hivers sont très rudes et les étés chauds.
 
 
Taiyuan
 
Taiyuan a une très vieille histoire, comme l'attestent les vestiges de la muraille des Zhou (497 av. J.-C.) au Sud de la ville, à l'époque où elle portait le nom de Jinyang. Mais son importance stratégique au débouché de la grande plaine lui valut d'être régulièrement assiégée, souvent pillée, incendiée et décimée par les barbares venus des steppes de l'Ouest. Sous les Tang, cette ville-clé eut son apogée économique, artistique, culturelle et devint une forteresse qui résista à tous les assauts. Mais au Xe s., après avoir été capitale des Han du Nord, elle fut enlevée par les armées des Song, brûlée et rasée jusqu'aux fondations. Reconstruite par les Ming avec ses murailles (abattues 1950), elle résista contre les Mandchous de 1644 à 1911, contre l'impérialisme occidental en 1900 (lors de la guerre des Boxers) et contre les japonais de 1938 à 1945.
Chef-lieu du Shaanxi, c'est aujourd'hui une grande cité industriel sidérurgique, textile, chimique, de 2 millions d'habitants, dont l'in rêt touristique est assez réduit. En fait, on ne passe à Taiyuan pour aller visiter les célèbres temples du Jinci.
   

Le Jinci

Le Jinci, édifié au pied du mont Xuanweng dans un très beau cadre de sources vives et de cyprès, a été fondé antérieurement à la dynastie des Wei du Nord (386-584) et agrandi au cours des siècles, notamment sous les Tang et les Song. Il forme aujourd'hui un vaste ensemble de temples, de pavillons, de terrasses, que les Chinois divisent en huit sites, chacun ayant son histoire et ses légendes. Les connaître ajoute au charme de la visite, aussi le concours d'un interprète ne sera pas superflu. Passé la porte ouverte dans l'enceinte du Jinci, le visiteur découvre un édifice d'accueil, dit la "terrasse du Miroir d'eau", traverse le "pont de la Rencontre des immortels", puis la "terrasse des Hommes d'or", accède au "temple des Offrandes" et débouche enfin devant le Pont volant avec un vivier (Yuzhaofeiliang) qui repose sur 34 colonnes de pierre et comporte deux ailes latérales inclinées "comme un oiseau planant dans les airs". Un exemple unique de construction des Song du Nord. En face, Shengmu dian (le temple de la Sainte Mère), appelé aussi sanctuaire de Yijiang, reconstruit en 1102, est l'édifice le plus imposant et le plus ancien du Jinci. On remarquera surtout sa charpente en excellent état de conservation et ses colonnes. À l'intérieur trônent la sainte mère et ses 43 suivantes, terres cuites en grandeur nature, toutes différentes dans leur costume, leur maintien, leur geste arrêté. Ces statues - malheureusement assez mal éclairées et difficiles à photographier - comptent parmi les plus représentatives de la sculpture Song. Il faut aussi découvrir le Shuimu lou (temple de la Mère de l'eau), du siècle dernier, le pavillon qui abrite la Nanlao quan (Source toujours jeune) et le pavillon entouré d'eau qu'est le Buji zhou (Bateau non amarré). À droite du temple de la Sainte Mère, dans la cour du Miaoyi tang (temple des Descendants), deux thuyas vieux, dit-on, de trois mille ans méritent d'être salués.
Dans la partie E, un pavillon abrite une stèle datée de 647 qui porte gravée la reproduction d'un texte de la main de l'empereur Taizong. Il jouxte le temple dédié au prince Shuyu de Tang (Tang Shuyu ci) dont les galeries latérales sont occupées par une centaine de stèles à quatre faces sur lesquelles figurent des sutras bouddhiques de l'an 700.
 
 
Pingyao
 
Édifiée au bord de la rivière Fengshui, la cité de Pingyao mérite le détour : sa muraille, ses portes et ses 72 tours de guet du XIVe siècle sont les mieux conservées de Chine. Elles protègent 76 "sites historiques".
 
 
Wutaishan : La "montagne des Cinq Terrasses"
Situé au nord-est de la province du Shanxi, le Wutaïshan est l'une des quatre montagnes sacrées du boudhisme chinois. Wutaishan comprend 58 temples répartis en deux ensembles distants de 50 km: à partir de Wutai, Foguangsi, les deux monastères de la Lumière du Bouddha, et Guangjisi, celui du Grand Secours ; sur la voie du sommet, le plus important, Xiantongsi (où se manifeste la puissance de la loi), comprend 400 salles et 5 tours de la Cloche. Il fut fondé sous les Han de l'Est. Puis Tayuansi (de la Cour du dagoba) et Zhenrongsi (de la Vraie Figure du Bouddha) enfin, qui fut reconstruit sous les Ming. Il est situé au sommet du Pusading, à près de 3 000 m d'altitude. On y accède par une volée de 108 marches, au terme d'un itinéraire jalonné d'autres temples.
 
 
Datong
 
Edifiée sur un plateau de maigre végétation à 1 200 m d'altitude, froide l'hiver (-15 °C en janvier) et brûlante en été (27 °C en juillet), balayée par les vents de Mongolie au printemps et environnée par des mines de charbon, Datong (Grande Harmonie) eut sa période de gloire de 386 à 494 comme capitale des Wei du Nord et centre religieux bouddhique. Plus tard, elle devint une place forte en arrière de la Grande Muraille et un centre d'échanges avec les Mongols. Plaque tournante des communications et cité industrielle, Datong est aujourd'hui le lieu de passage obligé pour visiter les célèbres grottes bouddhiques de Yungang, ainsi que le mur des Neuf Dragons, une paroi de 45 x 8 m de céramique de couleur, datant des Ming, et trois importants monastères.
Les deux premiers, Huayan si, fondés sous les Liao (916-1125), sont dits Shangsi (d'en haut) et Xiasi (d'en bas). Dans l'enceinte du temple d'en haut, le Daxiongbao dian (temple du Grand Trésor), construit en 1140, est un magnifique et rare exemple d'architecture ancienne. Dans l'enceinte du second, un bâtiment plus petit, datant de 1038, le Bojia jiaocang dian (bibliothèque) renferme des fresques et des sculptures de l'époque.
Le troisième monastère, Shanhua si, fondé sous les Tang, reconstruit sous les Jin et agrandi sous les Ming, est un bel ensemble où l'on découvre une série de bouddhas d'époque Liao et des fresques Ming.
 
 
Les grottes bouddhiques de Yungang
Au milieu d'un paysage aride où les arbres plantés depuis une vingtaine d'années ne grandissent qu'à force de soins intensifs, 53 grottes orientées face au Sud abritent, sur 1 km, 51 000 statues de bouddhas, bodhisattvas et gandharvas. Cet ensemble, sculpté et creusé de 386 à 534 sous les Wei du Nord, est donc antérieur à celui de Longmen près de Luoyang. L'inspiration gréco-bouddhique y est encore très nette et, avec elle, les influences indienne, sassanide, byzantine venues par l'Asie centrale. Mais si les personnages, les animaux, les thèmes décoratifs sont indiens, on assiste à Yungang au début de leur sinisation qui conduira à l'épanouissement de la statuaire Tang. Yungang n'a été découvert par les voyageurs étrangers qu'en 1903 et a moins souffert du vandalisme des collectionneurs et antiquaires que Longmen. Toutefois, les statues taillées dans un grès tendre ont subi davantage les injures du temps; de plus, malheureusement, les restaurateurs des Qing imaginèrent au siècle dernier de camoufler les ravages de l'érosion sous des badigeons de couleurs acides ou de dorures (en particulier dans la grotte 11).
Les deux premières grottes à l'Est n'ont qu'un intérêt limité. Le groupe central de 5 à 13 est de loin le plus riche. Au centre de la grotte 5, le Bouddha, haut de 17 m, est sans doute l'un des sommets de la sculpture Wei; la grotte 6 abrite une tour carrée portant des bodhisattvas et, sur les parois Sud et Est, des bas-reliefs illustrant les épisodes célèbres de la vie de Çakyamuni. Les grottes 7 et 8 comprennent de beaux bodhisattvas en prière et, pour la seconde, un Vishnu à trois visages et huit bras, ainsi qu'un Çiva à cinq visages et six bras.
Les grottes 9 et 10 offrent une abondance de bodhisattvas dans des niches, d'apsaras en vol au plafond, de décors végétaux et animaux. La grotte 11 fut la plus affectée par les restaurations "pieuses". Dans la grotte 12, les bouddhas et bodhisattvas sont environnés de gandharvas (musiciens célestes), tandis que dans la grotte 13 trône un bouddha haut de 13 m.
Le troisième groupe abrite essentiellement des bouddhas géants: celui de la grotte 16, de facture assez archaïque, mesure 13,5 m, et celui de la grotte 17, 15,6 m, comme celui de la grotte suivante qui, avec son entourage de bodhisattvas, est considéré comme un chef-d'oeuvre de la statuaire bouddhique chinoise. La grotte 19 annonce Longmen avec un bouddha haut de 17 m, et la grotte 20, à ciel ouvert, fait la joie des photographes qui ont le recul indispensable pour avoir dans l'objectif un bouddha assez austère mesurant 13,7 m. Victor Ségalen qui était fasciné par la vigueur de la sculpture des Han se montre sévère pour cet art religieux des Wei. Mais s'il est exact que, leur immobilité et leur "adhérence géologique" aidant, les statues de Yungang (et celles de Longmen) n'évitent pas une certaine monotonie, l'ensemble conserve une beauté baroque. Il faut savoir, d'autre part, que ces grottes étaient associées à une architecture classique de temples en bois et tuiles dont elles figuraient le sanctuaire.
 
 
Hengshan
Située à 70 km au sud de Datong, c'est une des cinq montagnes sacrées de Chine. Le chemin parcouru traverse les dix-huit sites de Hengshan. On remarquera à mi-chemin une tour de garde Ming, les vallées déchiquetées par l'érosion et les villages troglodytes. Après deux heures de trajet, on aperçoit le Xuankongsi ou Temple suspendu dans les airs, à flanc de montagne, au creux d'une vallée encaissée. Le temple fut fondé sous les Wei du Nord puis reconstruit sous les Liao, les Ming et les Qing. Il a été repeint en 1980. Ce temple étonnant épouse les contours de la falaise à laquelle il s'accroche, suspendu au-dessus du vide grâce à un savant système de poutres fichées dans la roche. C'était autrefois un passage obligatoire pour les pèlerins. Comme les dix-sept autres monastères du Hengshan, il servait à la fois de lieu de culte et d'auberge. Dans ses quarante-cinq pièces encore en bon état, on peut voir aussi bien des statues bouddhistes que taoïstes ou confucéennes. Les figures bouddhistes occupent la position centrale mais voisinent avec Laozi, les Huit Sages, Guandi, etc.
Le temple a été fondé au VIIème siècle par une secte syncrétiste que dirigeait Qiu Chuji. Gengis Khan honora cet homme en lui donnant le titre de supérieur taoïste de Chine. Aujourd'hui encore, un vieux moine continue à recevoir les fidèles.
Dans le district de Yingxian, à 50 km de là, se trouve une pagode octogonale d'une grande beauté. Construite en 1056, elle faisait partie du Fogongsi, monastère détruit par un incendie. Haute de 67 m, c'est, dit-on, la dernière pagode de bois qui subsiste de cette époque.
 
 
Yuncheng
 
Yuncheng se trouve à 200 km au sud de Linfen. Dans les environs de Yuncheng, on visite le palais de Yongle, le temple de Guandi et, à Dayudu, le fleuve Jaune.
Le temple de Guandi se trouve à 20 km au sud-ouest de Yuncheng, près de Jiezhou, dans le village appelé Guan Yu jiaxiang, « pays natal de Guan Yu ». Il fut édifié en 598 sous la dynastie des Sui, mais les parties conservées aujourd'hui datent du début des Qing (XVIIème siècle). Guan Yu fut un grand général de l'Etat de Shu au temps des Trois Royaumes (220-265), vénéré pour son courage et sa fidélité. Ses exploits ont été immortalisés dans Les Trois Royaumes, Louo Kouan Tchong (Flammarion, 1991). Il fut par la suite élevé au rang de divinité et de nombreux temples furent consacrés au culte de Guandi. Le culte qu'on lui voue est resté vivace, notamment parmi les Chinois d'outre-mer qui ont fait de lui le dieu de la Fortune. Le Guandisi a été construit sur le modèle d'un palais en deux parties : le parc Jieyiyuan et le temple lui-même organisé en deux cours. Les bâtiments principaux sont dans la partie nord. La porte principale, Duanmen, puis la porte de la Lune, Wumen, nous font accéder à la bibliothèque impériale, Yushulou. Derrière la bibliothèque se dresse la grande salle (Chongningdian), qui repose sur vingt-six piliers ornés de bas-reliefs. On passe ensuite sous un portique qui donne sur les pavillons de l'Epée et des Printemps et Automnes. Ce dernier, haut de deux étages, contient une statue de Guan Yu en train d'étudier les Annales des Printemps et Automnes. L'ensemble des bâtiments est surchargé de sculptures qui font regretter la pureté de ligne des temples Tang. Les tuiles vernissées jaune-bleu-vert s'harmonisent avec les cyprès du parc.
La Grande Bretagne