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L’histoire du territoire sur lequel s’est constitué Israël est celle de la Palestine. Si l’État israélien a été créé le 14 mai 1948, son histoire moderne remonte en fait aux débuts du mouvement sioniste fondé, en 1897, par Théodore Herzl au congrès de Bâle. Le sionisme a pour projet la création, en Palestine, d’un foyer national pour le peuple juif. Les fondateurs d’Israël sont issus du mouvement sioniste comme le sont les institutions de l’État.
L’établissement d’un foyer national juif
À la veille de la Première Guerre mondiale, la Palestine, alors sous domination de l’Empire ottoman, compte 590 000 habitants, dont 57 000 Juifs. Ces derniers sont 12 000 en 1845.
L’adhésion au sionisme est surtout le fait des Juifs ashkénazes d’Europe orientale, les plus touchés par l’antisémitisme. Durant la Première Guerre mondiale, alors même que les Britanniques ont promis aux Hachémites la création d’un Grand État arabe en échange de leur appui contre les Ottomans, le dirigeant sioniste Haïm Weizmann obtient du secrétaire d’État au Foreign Office, lord Balfour, un engagement en faveur de l’établissement, en Palestine, d’un foyer national pour le peuple juif. La déclaration Balfour, publiée le 2 novembre 1917, ne prévoit nullement la création d’un État juif. Elle encourage cependant l’immigration juive, soutenue par le Fonds national juif, et est surtout à l’origine d’un malentendu durable entre Juifs et Britanniques.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Société des Nations confie à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine, précisant que les Britanniques aideront les Juifs à « reconstituer leur foyer national dans ce pays ». Les officiers britanniques, sous le commandement d’un haut-commissaire nommé par Londres, sont chargés de la défense et de la sécurité du territoire, de l’immigration, du service postal, des transports et des installations portuaires. Le mandat porte sur un territoire englobant les deux rives du Jourdain, mais, en mars 1921, à la conférence du Caire, les Britanniques reconnaissent Abd Allah ibn Hussein, émir de la rive orientale du Jourdain, honorant ainsi partiellement la promesse faite à son père, Hussein, chérif hachémite de La Mecque qui a conduit la révolte arabe de 1916 contre les Ottomans. La création de la Transjordanie marque le début d’affrontements meurtriers entre Juifs et Arabes. Pourtant, les implantations juives, sur des terres rachetées à bas prix par le Fonds national juif, continuent de se développer. Bénéficiant de l’aide matérielle de la Diaspora et d’une bonne formation, les colons juifs sont soudés par leur volonté de faire fructifier la Terre promise des Hébreux. La fracture avec les Arabes palestiniens s’agrandit au fur et à mesure qu’augmente le niveau de vie des colons et que s’accroît leur nombre. En 1927 est créée l’Agence juive chargée de l’émigration des Juifs en Palestine. À partir de 1929, la violence entre les deux peuples prend un tour systématique, après que des incidents eurent éclaté à Jérusalem et à Hébron. Après l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler, en 1933, l’immigration des Juifs européens, fuyant les persécutions nazies, s’accélère. La communauté juive est décuplée dans les années trente.
En 1936 débute une révolte générale des Arabes contre les Juifs. Ces derniers organisent leur milice d’autodéfense, la Haganah. Jusqu’en 1939, aux attentats arabes contre les colonies juives répondent les attentats perpétrés contre la population arabe par l’Irgoun, organisation clandestine sioniste extrémiste. À partir de 1939, les actions terroristes de l’Irgoun sont également dirigées contre les fonctionnaires britanniques.
La Grande-Bretagne, en effet, devant la réaction arabe, a proposé, dès 1937, une partition de la Palestine, ce que refusent les sionistes. En 1939, le gouvernement britannique publie un Livre blanc interdisant la poursuite des achats de terres par les Juifs et limitant l’immigration à 75 000 personnes pour une période de cinq ans. Une immigration illégale est alors organisée et la Haganah recourt à son tour au terrorisme.
Près de 6 millions de Juifs trouvent la mort dans les camps d’extermination nazis. Pourtant, les restrictions à l’immigration sont maintenues par les autorités britanniques, qui, après 1945, semblent se rapprocher des pays arabes. En 1947, l’affaire de l’Exodus porte à son paroxysme le conflit, désormais ouvert, entre Juifs et Britanniques. Ce bateau transportant des Juifs vers la Palestine est repoussé devant les côtes palestiniennes par la marine britannique.
Le plan de partage de la Palestine
La tension devenant de plus en plus vive, la Grande-Bretagne décide de se retirer de la région et confie la question du devenir de la Palestine à l’Organisation des Nations unies (ONU). Celle-ci adopte, le 29 novembre 1947, un plan de partage du territoire palestinien prévoyant la création de deux États, l’un arabe, l’autre juif, qui seraient unis économiquement. Selon ce plan, les frontières de l’État juif recouvrent la Galilée orientale, la plaine côtière et le Néguev. Jérusalem devient une zone internationale placée sous la juridiction de l’ONU. Le plan est accepté par les dirigeants sionistes, mais refusé par les Arabes palestiniens et par les États membres de la Ligue arabe. Les Britanniques n’interviennent pas dans les combats qui s’intensifient entre les communautés.
Le mandat britannique prend fin le 15 mai 1948. Le même jour, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël. La première guerre israélo-arabe éclate immédiatement. Les armées égyptienne, transjordanienne, syrienne, libanaise et irakienne se joignent aux groupes armés palestiniens qui combattent les Juifs depuis novembre 1947. Israël, victorieux, accroît la superficie de son territoire de 7 000 km2. La bande de Gaza, à la frontière égypto-israélienne, reste aux mains des Égyptiens et la Cisjordanie est annexée par la Transjordanie, qui, dès lors, prend le nom de Jordanie. Quatre armistices sont conclus, mais ils ne signifient pas la paix. Les pays arabes, humiliés par leur défaite, ne reconnaissent pas le droit à l’existence du nouvel État. Le conflit conduit à l’exode 800 000 Arabes palestiniens, réfugiés en Syrie, en Jordanie et au Liban, et qui vont demeurer pour la plupart dans des camps, privés de toute nationalité.
La construction de l’État juif
La population du nouvel État d’Israël connaît de profonds changements après 1948 : il ne reste plus, dans les territoires contrôlés par Israël, que 120 000 Arabes.
Dès sa création, Israël ouvre ses portes aux immigrants juifs du monde entier, au nom du « droit au retour », et se dote d’institutions parlementaires, avec l’élection, en 1949, de la première Knesset. Haïm Weizmann devient le premier président d’Israël. David Ben Gourion, dirigeant du Mapaï, parti sioniste fondé en 1930, prend la tête du gouvernement. Il va marquer de son empreinte les quinze premières années de l’histoire d’Israël. Il donne la priorité à la sécurité nationale et au développement d’une armée moderne. Les milices relevant des différents mouvements politiques sont dissoutes ou intégrées à l’armée. La menace pesant sur Israël contribue paradoxalement à la force de la nation, qui puise également aux racines bibliques du peuple israélite.
La part importante du budget consacrée à la défense et l’afflux d’immigrants engendrent rapidement de sérieuses difficultés économiques, marquées par de nombreuses dévaluations monétaires. L’aide des États-Unis permet cependant au pays de se développer rapidement.
En octobre 1956, la crise de Suez déclenche la deuxième guerre israélo-arabe, opposant Israël à l’Égypte de Gamal Abdel Nasser. Israël triomphe rapidement et s’empare de la bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï en quelques jours. Les forces françaises et britanniques se lancent à l’attaque, une fois les Israéliens parvenus sur les bords du canal. Dans un rare exemple de coopération, les États-Unis et l’Union soviétique exigent le retrait des troupes israéliennes et franco-britanniques d’Égypte et de Gaza. Un cessez-le-feu est conclu sous l’égide des Nations unies, qui dépêchent des casques bleus dans la zone du canal de Suez pour veiller à son application. À la fin de l’année, les armées étrangères quittent l’Égypte, mais Israël n’évacue Gaza qu’au début de 1957, après avoir obtenu la levée du blocus sur le détroit de Tiran.
Les années 1960 sont celles de la recomposition politique. En 1963, Ben Gourion démissionne et est remplacé par Levi Eshkol, lequel demeure Premier ministre jusqu’en 1969. En 1965, l’ancien Premier ministre quitte le parti Mapaï pour fonder le Rafi avec le général Moshe Dayan. Le Mapaï, le Rafi et Ahdout Haavoda (issue d’une scission au sein du parti ouvrier unifié Mapam) fusionnent en 1969, sous l’impulsion de Golda Meir, pour former le Parti travailliste. Celui-ci reste majoritaire à la Knesset jusqu’en 1977. Les deux plus importants partis d’opposition s’unissent en 1965 pour constituer le bloc Gahal conduit par Menahem Begin.
La conquête de nouveaux territoires
Après la crise de Suez, le nationalisme arabe s’exacerbe et les appels à la revanche se multiplient. Un commandement arabe unifié est formé et des troupes envoyées le long des frontières avec Israël. En 1964 est créée l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée depuis 1969 par Yasser Arafat. Les accrochages se font de plus en plus fréquents entre forces israéliennes et forces arabes. Le 5 juin 1967, après la fermeture du détroit de Tiran par Nasser, Israël lance une offensive simultanée contre l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. La guerre des Six-Jours permet à Israël de conquérir Gaza et la péninsule égyptienne du Sinaï, Jérusalem-Est et la Cisjordanie, ainsi que le plateau du Golan. Environ 350 000 Palestiniens fuient ces territoires dont l’occupation est condamnée par l’ONU.
Les territoires occupés deviennent un enjeu politique majeur en Israël. Le Parti travailliste, au pouvoir, est divisé entre les partisans de l’annexion, les partisans de l’évacuation (soutenus par les communistes) et ceux qui proposent de ne conserver que les parties présentant un intérêt vital pour la sécurité du pays. La droite et les partis religieux s’opposent à tout retrait de la Cisjordanie et de Gaza qu’ils considèrent comme faisant partie intégrante d’Eretz Israël. La majorité des Israéliens approuve l’annexion de Jérusalem-Est et son unification avec les secteurs juifs de la ville, décidées par le gouvernement quelques jours après la fin de la guerre de 1967. En 1980, la Knesset adopte une loi proclamant Jérusalem l’« éternelle capitale unifiée d’Israël ».
En réaction à l’expansion israélienne, des commandos de l’OLP lancent des attaques terroristes sur des écoles, des marchés, des arrêts de bus et des aéroports israéliens. Aux jeux Olympiques d’été de Munich, en 1972, des terroristes palestiniens assassinent onze athlètes israéliens. L’Organisation réussit cependant à gagner un soutien international suffisant pour être reconnue par les Nations unies comme le « représentant unique et légitime du peuple palestinien ». Les représailles israéliennes, marquées par la destruction de maisons, voire de villages arabes, dans les territoires occupés et par un raid sur l’aéroport de Beyrouth en 1968, accroissent l’isolement international d’Israël. Quant à la France, elle continue à imposer, comme elle le fait depuis la guerre des Six Jours, un embargo sur les armes à destination de l’État hébreu, fournissant en revanche des armements aux pays arabes. Seuls les États-Unis maintiennent leur soutien à Israël.
La guerre du Kippour et ses conséquences
Le 6 octobre 1973, jour du Yom Kippour, l’Égypte et la Syrie déclenchent une guerre contre Israël pour récupérer les territoires perdus en 1967. Au terme de trois semaines de combats, les forces israéliennes parviennent à refouler leurs adversaires non sans avoir subi de lourdes pertes. Les Arabes gagnent le soutien de l’Union soviétique et des démocraties populaires qui rompent leurs relations diplomatiques avec Israël. Les pays arabes producteurs de pétrole arrêtent leurs exportations vers les États-Unis et certains pays européens pour protester contre l’aide apportée à Israël, contribuant ainsi au déclenchement d’une crise économique en Occident.
Sous l’égide du secrétaire d’État américain Henry Kissinger, un accord est négocié entre, d’une part, Israël, et, d’autre part, l’Égypte et la Syrie, auxquelles sont restituées une partie du Sinaï et une partie du Golan.
Le coût humain, diplomatique et économique de la guerre du Kippour provoque une grave crise en Israël. Golda Meir, qui a succédé à Eshkol en 1969, est contrainte à la démission en avril 1974. Yitzhak Rabin prend la tête d’un nouveau gouvernement. Rabin, cependant, ne parvient ni à juguler l’inflation ni à empêcher la récession de l’économie, affectée par les dépenses de défense de plus en plus importantes et par le renchérissement du pétrole. Un scandale financier, dans lequel son nom est cité, ainsi que celui d’autres dirigeants travaillistes, fait perdre davantage de crédit au Parti travailliste, lequel est battu aux élections législatives de 1977. Le nouveau Premier ministre est Menahem Begin, chef du Likoud, une coalition formée à la Knesset, en 1973, par la droite nationaliste opposée à toute concession territoriale.
Paix avec l’Égypte, guerre au Liban
Begin est cependant le premier dirigeant israélien à conclure des accords de paix avec un État arabe. L’initiative, inattendue, vient du président égyptien Anouar al-Sadate qui se rend à Jérusalem en novembre 1977 et prononce un discours à la Knesset dans lequel il invite Begin à négocier. Après de longues tractations à Camp David, dans le Maryland, sous l’égide du président américain Jimmy Carter, l’Égypte et Israël signent un traité de paix à Washington, le 26 mars 1979. Israël s’engage à restituer le Sinaï à l’Égypte, ce qui est fait en avril 1982. La question de la souveraineté sur les territoires palestiniens occupés, où s’étendent les colonies juives, demeure en suspens et les pays arabes, condamnant l’initiative égyptienne, ne désarment pas contre Israël.
En 1981, l’aviation israélienne détruit un réacteur nucléaire irakien en construction près de Bagdad, arguant du fait que l’Irak cherche à produire des armes destinées à être utilisées contre l’État hébreu. En décembre de la même année, le plateau du Golan est annexé. En juin 1982, les troupes israéliennes envahissent le Liban pour mettre un terme à la présence de l’OLP dans ce pays. Vers la mi-août, après deux mois de combats intensifs dans Beyrouth-Ouest, l’OLP, assiégée, accepte d’évacuer ses combattants de la capitale libanaise. Les troupes israéliennes demeurent toutefois stationnées au Sud-Liban, où est instaurée une « zone tampon » à la frontière. Le coût de la guerre et de l’occupation qu’elle entraîne porte un coup décisif à l’économie israélienne. La polémique sur le rôle joué par les troupes israéliennes dans les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila incite Begin à se retirer de la vie politique en 1983. Il est remplacé au poste de Premier ministre et à la tête du Likoud par le ministre des Affaires étrangères Yitzhak Shamir. Les élections de juillet 1984 donnent la majorité relative au Parti travailliste. Ne parvenant pas à former de coalition, celui-ci est contraint de constituer un gouvernement d’unité nationale avec le Likoud. Shimon Peres, dirigeant travailliste, est Premier ministre jusqu’en octobre 1986, date à laquelle Shamir prend la tête du gouvernement.
Les progrès de la paix
En décembre 1987, une révolte générale embrase les territoires palestiniens occupés. La répression par l’armée de l’Intifada accroît le clivage entre partisans de la paix et irréductibles défenseurs d’Eretz Israël, notamment les mouvements religieux et nationalistes. Les Arabes israéliens se sentent de plus en plus solidaires des Palestiniens. Les images, diffusées dans le monde entier, de soldats de Tsahal brutalisant des enfants palestiniens lanceurs de pierres popularisent en Occident la cause palestinienne, habilement défendue par Yasser Arafat. En novembre 1988, l’OLP reconnaît explicitement le droit à l’existence de l’État d’Israël. L’année suivante, Arafat déclare « caduque » la charte de l’OLP prévoyant la destruction d’Israël. Dès lors, les États-Unis vont favoriser une politique de négociations, multipliant les critiques à l’égard des implantations israéliennes dans les territoires occupés.
La coalition entre le Likoud et les travaillistes s’effondre en mars 1989. Shamir demeure à la tête d’un gouvernement de droite jusqu’en 1992. L’immigration, entre 1989 et 1991 de plus de 200 000 Juifs soviétiques, renforce les dissensions entre communautés, les Arabes israéliens étant les premières victimes du chômage, tandis que les travailleurs palestiniens, main-d’œuvre bon marché pour l’économie israélienne, sont de plus en plus fréquemment bloqués dans les territoires occupés. La tension monte encore durant la guerre du Golfe, la plupart des Palestiniens prenant fait et cause pour l’Irak, dont les missiles prennent pour cible Israël. Toutefois, Israël n’applique pas sa politique traditionnelle de représailles, sa défense étant assurée par les États-Unis.
Le durcissement des parties en conflit contribue, en fait, à précipiter l’engagement d’un processus de paix. Les États-Unis, en la personne du secrétaire d’État James Baker, font pression sur le gouvernement israélien pour qu’il entame des négociations. En octobre 1991, la conférence de Madrid tenue sous l’égide des États-Unis et de l’URSS, réunit les protagonistes, y compris des membres de l’OLP intégrés à la délégation jordanienne, non en tant que membres de l’OLP, mais en tant que représentants des Palestiniens des territoires occupés. Israël y gagne le rétablissement des relations diplomatiques avec la Russie, les anciens États du bloc soviétique, la Chine et l’Inde, puis avec la plupart des pays d’Asie et d’Afrique.
Le Likoud perd les élections législatives de juin 1992, et Yitzhak Rabin, chef du Parti travailliste, forme un nouveau gouvernement. En 1993, des négociations secrètes entre Israéliens et Palestiniens ont lieu en Norvège. Elles aboutissent, en septembre, à la signature à Washington d’un accord de reconnaissance mutuelle entre le Premier ministre Rabin et le président de l’OLP Yasser Arafat et d’une déclaration de principes sur l’autonomie des territoires occupés. L’autonomie doit d’abord porter sur la bande de Gaza et la zone de Jéricho, en Cisjordanie (accord dit de « Gaza-Jéricho d’abord »). Les négociations pour l’application de cette déclaration sont suspendues après le massacre, le 25 février 1994, par un colon juif, de vingt-neuf musulmans en prière au Caveau des Patriarches d’Hébron, lieu saint pour les trois religions révélées. Toutefois, en mai 1994, les troupes israéliennes se retirent de Jéricho et de la bande de Gaza (à l’exception du secteur des colonies juives) dont le contrôle passe à une Autorité nationale palestinienne dirigée par Yasser Arafat.
La signature d’un accord direct avec les Palestiniens ouvre la voie à un traité de paix avec la Jordanie, signé, en juillet 1994, par le Premier ministre Rabin et le roi Hussein. De même, des négociations débutent entre Israël et la Syrie, au sujet de l’évacuation du plateau du Golan, mais sont interrompues peu après. Le Maroc et la Tunisie établissent à leur tour des relations diplomatiques avec Israël.
L’assassinat du Premier ministre Rabin, en novembre 1995, par un fanatique juif l’accusant de trahison, démontre la fragilité du processus de paix, également menacé par les terroristes islamistes du Hamas et du Hezbollah. En réaction à une série d’attentats meurtriers dans plusieurs villes israéliennes 60 morts à Jérusalem), durant les premiers mois de 1996, Israël lance, en avril, une opération militaire dans le sud du Liban, contre les bases du Hezbollah. Les bombardements israéliens sur un camp de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) à Cana, où sont réfugiés de nombreux civils libanais, provoquent la mort d’une centaine de personnes et soulèvent la réprobation d’une grande partie de la communauté internationale. Un cessez-le-feu est conclu sous l’égide de la France et des États-Unis. Le 31 mai 1996, les Israéliens élisent pour Premier ministre Benyamin Netanyahou, candidat du Likoud, contre Shimon Peres. La défaite de l’un des négociateurs de l’accord avec l’OLP tient en partie à l’inquiétude d’une population qui ne perçoit guère les bénéfices d’un processus de paix entaché par les attentats.
Après son élection, Benyamin Netanyahou essaie de ménager à la fois la tendance nationaliste qui l’a porté au pouvoir, réaffirmant son refus de voir la création d’un État palestinien, et les partenaires d’Israël qui redoutent un gel du processus de paix. Il met fin à l’interdiction de construire dans les colonies juives installées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ces dernières s’embrasent, en septembre 1996, après l’annonce de la décision de percer un nouvel accès à un tunnel sous l’esplanade des Mosquées à Jérusalem.
Malgré la signature avec Yasser Arafat de l’accord sur Hébron (retrait des Israéliens, à l’exception des colonies juives installées dans la ville), en janvier 1997, la décision de construire une nouvelle colonie juive à Jérusalem-Est, condamnée par les Nations unies et la Ligue arabe, provoque un regain de tension et de nouveaux attentats-suicides, mais ne met pas un terme à la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Face à la détérioration de la situation, des dissensions agitent le gouvernement et provoquent la démission, en janvier 1998, de David Lévy, le ministre des Affaires étrangères, en désaccord sur la politique sociale menée par le Premier ministre et sur sa ligne diplomatique, isolant et ternissant l’image d’Israël et gelant le processus de paix. Succédant à Daniel Lévy, Ariel Sharon est chargé des négociations sur le statut définitif des territoires occupés.
L’application du mémorandum signé par Benyamin Netanyahou et Yasser Arafat à l’issue du sommet de Wye Plantation en octobre 1998, organisé par Bill Clinton, est extrêmement limitée (l’armée israélienne ne se retire que de 2 % des territoires et non de 13 % comme prévu), Netanyahou posant de nouvelles conditions à un retrait ultérieur et poursuivant sa politique de faits accomplis et de colonisation en Cisjordanie. Désavoué par une partie de la droite qui lui reproche ce mémorandum, le Premier ministre se retrouve isolé et la Knesset, qui s’est déjà prononcée pour des élections anticipées, en juillet 1998, vote la dissolution en décembre 1998.
Les profondes divisions agitant la société israélienne, notamment entre Ashkénazes (juifs d’Europe centrale), Séfarades (juifs d’origine orientale) et « Russes », et entre laïcs et religieux (ultra orthodoxes) s’expriment avec éclat début 1999 et lors des élections de mai 1999. Le candidat travailliste, Ehoud Barak, est élu à une large majorité (56 %), la liste Israël unie, formée par son parti et d'autres courants, obtenant 27 sièges. Le Likoud perd 13 sièges et Benyamin Netanyahou en abandonne la direction, reprise en septembre 1999 par Ariel Sharon. Ehoud Barak forme un gouvernement de large coalition (75 députés sur 120), auquel participent sept partis dont le Shass, ultra orthodoxe (13 sièges), le Likoud, pressenti, restant dans l’opposition.
Entré en fonction en juillet, Ehoud Barak propose la « paix des braves » à ses voisins arabes (Syrie et Liban) et manifeste son intention d’œuvrer pour la réconciliation entre les diverses composantes de la société israélienne. Malgré la reprise des pourparlers de paix avec l’Autorité palestinienne (accord de Charm al-Cheikh, en Égypte, en septembre 1999 ; entretiens de Ramallah, en Cisjordanie, en décembre 1999, et de Washington, en mars 2000), les négociations sur les territoires occupés n’aboutissent pas comme prévu en mai 2000, en raison des désaccords persistants à propos du retrait partiel israélien de Cisjordanie. En visite en Terre sainte, en mars 2000, le pape Jean-Paul II plaide pour le « droit de tous les peuples concernés ». Interrompus depuis février 1996, les pourparlers de paix concernant la restitution du plateau du Golan à la Syrie sont également engagés entre Israël et la Syrie, en décembre 1999, mais interrompus le mois suivant.
Le 5 mars 2000, le gouvernement israélien vote une résolution prévoyant que les forces armées israéliennes se retirent des territoires occupés au sud du Liban, au plus tard en juillet 2000. Mais l’armée israélienne commence son retrait en mai, face à l’intensification des attaques du Hezbollah. Des soldats de l'Armée du Liban-Sud (ALS) commencent à déserter, inquiets de leur sort après le départ de Tsahal du sud du Liban. Le chef de l'ALS demande une amnistie pour les combattants. Cette évacuation précipitée due à l’effondrement préalable de l’Armée du Liban-Sud (ALS) et célébrée comme une « victoire historique » par le monde arabe provoque une certaine inquiétude quant à la réaction de la Syrie, et donc du Hezbollah.
Le 23 mai, Ehoud Barak annonce le retrait total des troupes israéliennes de la zone de 850 km² occupée au sud du Liban. Les combattants de l'ALS se rendent aux milices du Hezbollah ou se réfugient avec leurs familles en Israël. Le Hezbollah et des milliers de villageois exilés occupent aussitôt les villages désertés par l'ALS. Les prisonniers libanais détenus dans la prison de Khiam, gérée par l'ALS, sont libérés.
Ce retrait précipité, célébré comme une « victoire historique » par le Hezbollah, le Liban et plus généralement le monde arabe, prend de court les Nations unies, qui prévoient de déployer dans le territoire abandonné par Israël une force d'interposition, la Finul, chargée d'aider les autorités libanaises à prendre le contrôle de cette région.
En juin, Ehud Barak doit faire face à une crise politique menaçant la survie de la coalition et de son gouvernement. Le parti Shass, mécontent de ne pas obtenir les subventions demandées pour son réseau d’écoles privées, a demandé à ses ministres de se retirer du gouvernement. Il accepte finalement de les y maintenir, après avoir obtenu la démission des ministres du parti de gauche laïc, le Meretz.
Le retour de la violence
Le 28 septembre 2000, la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem, perçue comme une provocation par les Palestiniens, entraîne les plus violents affrontements que la région ait connus depuis le début du processus de paix d’Oslo en 1993. La tension s’étend rapidement à Gaza et à la Cisjordanie tandis que les tentatives de conciliation entreprises par Bill Clinton, notamment lors des discussions à Camp David II en juillet 2000, ne débouchent sur aucun résultat concret. En riposte aux violences et aux attentats, l’armée israélienne boucle les villes palestiniennes, déploie ses blindés, ses hélicoptères de combat et sa marine. Les pleins pouvoirs sont remis à Ehoud Barak tandis que des négociations sont entreprises en vue de la constitution d’un gouvernement d’union nationale. À la fin du mois de novembre, des élections anticipées sont annoncées en Israël, prévues pour le printemps 2001. Cette perspective met un terme aux tractations entre le Parti travailliste et le Likoud et relancent la perspective d’un accord de paix avec les Palestiniens. Mais Ehoud Barak démissionne de ses fonctions le 9 décembre 2000, semblant vouloir prendre de court ses adversaires.
Le 7 février 2001, Ariel Sharon, le chef du Likoud, est élu au poste de Premier ministre avec 62,5 % des voix. Il devance de 25 points Ehoud Barak, qui recueille 37,5 % des voix. Prévue par les sondages, cette victoire est d’une ampleur sans précédent. Mais le taux de participation qui avoisine traditionnellement les 80 % chute à 59 %. Seuls 18 % des Arabes israéliens, qui représentent 13 % de l’électorat, participent au vote. Ehoud Barak démissionne de la présidence du Parti travailliste et de son mandat de député au lendemain de sa défaite.
Ariel Sharon forme un gouvernement d'union nationale, qui va des religieux ultra orthodoxes aux travaillistes, avec notamment Shimon Peres — ancien Premier ministre et prix Nobel de la paix en 1994 avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin — aux Affaires étrangères. Face aux attentats palestiniens qui frappent le territoire israélien, Ariel Sharon décide du blocus de certaines villes de Cisjordanie et de Gaza ce qui lui vaut la critique de l’aile gauche de son gouvernement.
L'escalade de la violence s'intensifie : aux attaques du Hezbollah depuis la frontière libanaise répond le bombardement d’une station-radar de l’armée syrienne au Liban en avril, tandis que l’armée israélienne réoccupe pendant quelques heures une portion de la bande de Gaza, en représailles à trois tirs de mortier sur le territoire israélien. La réaction négative de Washington qui qualifie ce déploiement de chars de « riposte excessive et disproportionnée », et la reprise des discussions entre les responsables israéliens et palestiniens de la sécurité, permettent un desserrement du bouclage de Gaza et de Jéricho et un assouplissement des mesures de contrôle. Dans une même volonté d’apaisement, Shimon Peres se rend au Caire, fin avril 2001, pour discuter de modifications au plan égypto-jordanien qui vise à mettre fin à la violence entre Israéliens et Palestiniens et à relancer entre eux les négociations.
Mais l’espoir d’un apaisement est de courte durée. La violence s’intensifie et le gouvernement Sharon, soutenu par une grande majorité de la population israélienne, adopte comme ligne de conduite une riposte systématique à tout tir palestinien. Un cessez-le-feu est décrété le 13 juin mais rien ne change sur le terrain. Les forces israéliennes visent à de nombreuses reprises les bâtiments de l’Autorité palestinienne, multiplient les attaques ciblées — notamment contre des membres du Hamas en juillet et contre le chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) en août — et les incursions en territoire autonome palestinien. Dans le même temps plusieurs attentats meurtriers perpétrés par des kamikazes palestiniens ont lieu à Tel-Aviv et à Jérusalem. Le 28 septembre 2001, le bilan d’un an d’Intifada s’élève à 838 morts, dont 646 Palestiniens et 169 Israéliens.
Au mois d’octobre, le ministre israélien du Tourisme, Rehavam Zeevi, est assassiné à Jérusalem. Ce meurtre, sans précédent, est revendiqué par le Front populaire de la Palestine (FPLP). Zeevi venait de démissionner de ses fonctions, en même temps que le ministre des Infrastructures. Leurs partis, comptant chacun 4 députés, l’Union nationale de Zeevi et le parti russophone Israël Beitenou, d’extrême droite, avaient décidé de quitter la coalition gouvernementale. Ils entendaient ainsi exprimer leur opposition au retrait de l’armée israélienne des quartiers où elle était entrée dans la ville d’Hébron dix jours auparavant. À l’issue de cette crise politique, Ariel Sharon dispose encore d’une majorité de 76 députés sur 120 à la Knesset.
Alors que l’activité diplomatique semblait en passe de reprendre le dessus sur la violence, à la suite des déclarations de George W. Bush en faveur de la création d’un État palestinien, cet assassinat entraîne l’intervention militaire israélienne la plus lourde dans les territoires autonomes palestiniens depuis les accords d’Oslo. La situation continue d’empirer alors que l’ONU vote une résolution historique (1397) en mars 2002, évoquant pour la première fois « la vision d'une région dans laquelle deux États, Israël et la Palestine, vivent côte à côte à l'intérieur de frontières reconnues et sûres ».
Pour autant la situation ne s’apaise pas sur le terrain tandis que le gouvernement d’union nationale d’Ariel Sharon chute en octobre 2002 à la suite de la démission du ministre travailliste de la défense, Benyamin Ben Eliezer, du fait de divergences sur le budget. Au mois de novembre, Amram Mitzna, général et maire de Haïfa est élu chef du Parti travailliste. Au cours de la campagne qui précède les élections législatives anticipées du 28 janvier 2003, il s’engage à ce que le Parti travailliste refuse de participer à nouveau au gouvernement aux côtés du Likoud. Recueillant 29,4 % des voix, le Likoud obtient 38 sièges (+ 19), devant les travaillistes qui perdent 6 sièges et enregistrent leur score le plus faible depuis la création d’Israël (14,5 % et 19 sièges). Le parti laïque de centre droit, le Shinouï (« changement » en hébreu) fait une véritable percée en recueillant 12,3 % des voix et 15 sièges (+ 9) tandis que le Shas, parti des séfarades ultra-orthodoxes recule à 8,2 % et 11 sièges (- 6). Ariel Sharon est reconduit dans ses fonctions et forme un gouvernement composé du Likoud, du Shinouï, et de représentants de l’extrême droite (Union nationale et Parti national religieux). D’orientation libérale, le gouvernement est en revanche divisé sur la question palestinienne.
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