Venus d'Asie par le détroit de Béring vers 30000 av. J.-C., Indiens et Esquimaux sont les premiers habitants de l'actuel Canada. Peu nombreux, dispersés sur d'immenses espaces, ils n'ont jamais constitué de puissants États comparables à ceux que l'on trouve au Mexique et au Pérou. Autour de l'an 1000, il semble bien que les Vikings aient abordé à Terre-Neuve , puis, à la fin du Moyen Âge des pêcheurs européens fréquentent les parages du Labrador. Cette région du continent américain n'intéresse toutefois pas les explorateurs espagnols et portugais, qui sont à la recherche de la route des Indes. En 1497 , Jean Cabot , au service du roi d'Angleterre, reconnaît des côtes du Canada.

Sous François Ier , le Français Jacques Cartier effectue deux voyages (1534 -1535 et 1541) ;  il découvre l'embouchure du Saint-Laurent et donne au pays le nom de Canada, d'après un mot huron-iroquois qui signifie " village " ou " communauté ". Mais il ne repère pas de métaux précieux ; aussi la France ne cherche-t-elle pas à occuper le territoire. En 1600, le négociant Pierre Chauvin obtient de Henri IV le monopole des fourrures. Celui-ci passe ensuite à De Monts , qui envoie une expédition commandée par Samuel de Champlain . C'est ce dernier qui crée le premier établissement permanent à Port-Royal, sur la baie de Fundy (1605), mais le monopole étant impossible à faire respecter, il préfère s'installer en 1608 sur le Saint-Laurent, où il fonde Québec. Il s'allie aux Indiens Algonquins contre leurs ennemis iroquois, explore les routes fluviales qui conduisent au cœur du continent. Champlain est le véritable créateur du Canada, où il meurt en 1635.

La colonisation française
Pendant toutes ces années, les Français ne sont qu'une poignée, mais Richelieu s'intéresse à la Nouvelle-France. En 1627, il accorde le monopole du commerce à la Compagnie des Cent-Associés ; en contrepartie, elle s'engage à coloniser le pays et à favoriser l'évangélisation des indigènes, œuvre dont se chargent des moines récollets, puis les jésuites. Ce régime dure jusqu'en 1663, mais la Compagnie ne tire pas de profits de son entreprise, car son monopole est constamment battu en brèche. En effet, le Canada n'est pas mis en valeur aussi vite que les colonies anglaises établies plus au sud. Les tentatives de développement agricole restent embryonnaires. Les coureurs de bois aventureux préfèrent partir à la recherche des fourrures et nouer des relations étroites avec les Indiens. La transplantation au Canada du régime seigneurial métropolitain ne constituera pas non plus un stimulant à l'esprit d'entreprise des paysans. La population française, qui passe de 200 à 2 500 habitants entre 1642 et 1663, est concentrée autour de Montréal, fondée en 1642.
Colbert fait du Canada une colonie royale, désormais gouvernée comme une province française. À sa tête sont placés un gouverneur et un intendant, qui doivent compter aussi avec l'évêque de Québec. Lors de ses deux séjours (1665 - 1668 et 1670 - 1672), l'intendant Jean Talon applique énergiquement un plan de peuplement et de mise en valeur. En 1676, la population s'élève à 8 500 habitants, grâce à une importante immigration et à un taux de croissance naturelle particulièrement fort. Jean Talon encourage aussi les explorations en direction des Grands Lacs et du Mississippi, que Louis Jolliet découvre en 1672 et que Robert Cavelier de La Salle descend jusqu'à son delta. Cette politique expansionniste inquiète les Anglais. En 1670 se fonde, à Londres, la Compagnie de la baie d'Hudson, qui dispute aux Français les fourrures que les Indiens troquent contre des marchandises ou de l'alcool. Le gouverneur Louis de Frontenac (1672 - 1682 et 1689-1698) remporte de brillants succès militaires contre les Anglais, mais, au traité d'Utrecht (1713 ), la France perd l'Acadie et Terre-Neuve ; elle ne contrôle plus l'entrée du Saint-Laurent, à l'exception de l'île du Cap-Breton.
Les trente ans qui suivent sont marqués par la poursuite de l'expansion démographique, la multiplication des défrichements et la conquête agricole de la vallée du Saint-Laurent. Les colons britanniques ne peuvent cependant admettre l'expansion française vers la vallée de l'Ohio. La guerre reprend alors en 1744 ( 1744 - 1748 et 1754 - 1763). Malgré une belle résistance, les Canadiens sont finalement submergés sous le nombre. La défaite de Montcalm aux Plaines d'Abraham (13 septembre 1759 ) entraîne la chute de Québec ; l'année suivante, Montréal capitule. Dès 1755, les Anglais avaient déporté vers la Louisiane les francophones d'Acadie ; au traité de Paris (1763), Louis XV cède à l'Angleterre ses 70 000 sujets canadiens.
Le Canada anglais
Le gouverneur anglais Guy Carleton (1766 - 1778 et 1786 - 1796) cherche à se concilier les Canadiens français. L'Acte de Québec, en 1774, étend les limites de la province jusqu'à l'Ohio et au Mississippi, ce qui mécontente les colons américains ; les catholiques ont le droit de détenir des emplois publics ; l'Église peut percevoir des dîmes et le droit civil français est maintenu. Aussi, quand les colonies américaines proclament leur indépendance, les Canadiens français ne les suivent-ils pas. La guerre d'indépendance américaine aura d'importantes conséquences pour le Canada. Les loyalistes, qui veulent rester fidèles à la Couronne et qui ont été spoliés de leurs terres par les partisans de l'indépendance américaine, appelés Insurgents, affluent ; ils apportent avec eux l'attachement aux traditions politiques britanniques. Mais ces loyalistes, habitués à la propriété pleine et entière, n'acceptent pas le régime seigneurial du Québec. Comme l'Angleterre ne peut révoquer les droits accordés aux Canadiens français en 1774, l'Acte constitutionnel de 1791 découpe deux colonies : le Bas-Canada (l'actuel Québec) et le Haut-Canada (l'actuel Ontario), dotées chacune d'un régime représentatif où l'assemblée, élue par une large partie de la population, partage le pouvoir avec le conseil nommé par le gouverneur.
Très largement majoritaires encore au début du XIXe siècle, les Canadiens français perdent peu à peu cette situation privilégiée, car ils ne peuvent compter que sur leur accroissement naturel, alors que les Canadiens anglophones reçoivent sans cesse le renfort de nouveaux immigrants, surtout après 1830. Parallèlement, des milliers de Canadiens français partent travailler dans les usines de Nouvelle-Angleterre.
Les frontières actuelles du Canada se fixent peu à peu. L'explorateur Alexander Mackenzie atteint l'océan Arctique en 1789 et, quatre ans plus tard, trouve un passage à travers les Rocheuses qui le conduit au Pacifique. En 1812, David Thompson reconnaît un débouché plus facile en suivant le fleuve Columbia . La rivalité qui survient avec les États-Unis à propos du contrôle des zones à fourrures est l'une des raisons de la guerre de 1812 - 1814. En 1842, le traité Webster-Ashburton fixe la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick. À l'Ouest, l'accord de 1818 avait retenu le 49e parallèle comme ligne de séparation jusqu'aux Rocheuses ; elle sera prolongée jusqu'au Pacifique, après une brève tension concernant le territoire de l'Oregon (1846). La frontière avec l'Alaska est définitivement établie après un arbitrage défavorable au Canada (1903). La colonisation de ces terres occidentales s'opère lentement avant l'établissement des chemins de fer et la ruée vers l'or (1866).
Dans la première moitié du XIXe siècle, alors que le commerce des fourrures décline, le bois apparaît comme la principale richesse du Canada ; il alimente notamment la construction navale. Les marchands britanniques détiennent l'essentiel du pouvoir économique, tandis que les élites canadiennes-françaises se dirigent de préférence vers le droit ou le journalisme.
Ces classes moyennes ne se satisfont pas du régime politique institué en 1791. Dans le Bas-Canada, le parti patriote dirigé par Louis-Joseph Papineau se radicalise ; le soulèvement armé de novembre 1837 est rapidement réprimé. Mais cette révolution manquée a d'importantes conséquences : les libéraux québécois doivent renoncer à leur rêve d'indépendance ; l'Église catholique, en complet déclin au début du XIXe siècle, retrouve tout son prestige et le pouvoir clérical impose son nationalisme conservateur, exaltant les valeurs rurales et agraires par opposition au matérialisme américain. Le gouvernement de Londres tire les leçons de la rébellion et réunit les deux colonies du Canada, où les francophones sont désormais minoritaires (1841). La conscience d'une identité canadienne se fait jour, bien qu'on ne puisse parler d'un sentiment national canadien. Le Canada reste un pays composé de " deux nations ", dont l'une, la canadienne-française, garde un particularisme culturel irréductible. Cependant, face à la puissance croissante des États-Unis, les dirigeants des partis conservateur et libéral, tant francophones qu'anglophones, poussent à la création d'une confédération des colonies, que rend possible le développement des chemins de fer. En 1867, le Parlement de Londres vote la loi de l'Amérique du Nord britannique, qui est restée jusqu'en 1982 la Constitution fondamentale du Canada.
Le dominion
Le nouveau dominion jouit d'une très large autonomie à l'égard de la métropole. Sa structure est plus fédérale que confédérale. En effet, le pouvoir central installéà Ottawa dispose d'une forte autorité sur les provinces, qui sont au nombre de quatre : le Québec, l'Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ; rapidement, d'autres provinces viennent s'ajouter : le Manitoba (1870), la Colombie britannique (1871) et l'île du Prince-Édouard (1873). En 1905, la colonisation de la Prairie permet de créer deux nouvelles entités : le Saskatchewan et l'Alberta, tandis que Terre-Neuve ne devient une province qu'en 1949. D'autre part, la loi de 1867 institue un régime parlementaire calqué sur le modèle britannique. La Couronne est représentée par un gouverneur général. Le Parlement comprend un Sénat nommé par le gouverneur général et une Chambre des communes élue au suffrage universel et au scrutin uninominal. Le Cabinet, responsable devant la Chambre, est dirigé par le chef du parti majoritaire.
Les débuts de la confédération sont dominés par la personnalité de John Alexander Macdonald , Premier ministre conservateur de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891. En 1870, il annule la charte de la Compagnie de la baie d'Hudson, dont les territoires passent sous contrôle fédéral, puis obtient, non sans mal, l'achèvement du premier chemin de fer transcanadien, le Canadian Pacific Railway (1885), qui unifie le dominion et facilite les communications de l'Atlantique au Pacifique. Pour stimuler l'industrialisation, le gouvernement conservateur renonce au libre-échange et établit des tarifs douaniers protecteurs. De 1896 à 1911, les libéraux sont au pouvoir sous la conduite de Wilfrid Laurier ; cette période coïncide avec une extraordinaire prospérité. La hausse mondiale du prix du blé, la mise au point de méthodes culturales appropriées ( dry-farming ) et de variétés adaptées au climat sec de la Prairie, la construction d'un réseau ferroviaire permettent de conquérir les terres vierges de l'Ouest. Les immigrants arrivent en masse d'Europe et même des États-Unis. Les ressources minérales sont mises en valeur : le nickel, l'argent, mais surtout l'or du Klondike , qui provoque l'une des dernières ruées vers l'or.
Cette force neuve attise le nationalisme canadien. Jusqu'alors, la politique étrangère du dominion était conduite par Londres ; or les Canadiens exigent de participer à la définition de la politique impériale britannique, en particulier lors de la guerre des Boers . Le courant nationaliste porte au pouvoir les conservateurs dirigés par Robert L. Borden (1911-1920). Le Canada participe, en tant que tel, à la Première Guerre mondiale ; ses soldats, d'abord volontaires, puis soumis à la conscription, malgré l'opposition résolue des Canadiens français, s'illustrent sur les champs de bataille du nord de la France. Le Canada entre à la Société des Nations en 1919, mais il tend à suivre une politique isolationniste. Le Premier ministre libéral William L. Mackenzie King (1921-1930 et 1935-1948) fait reconnaître par Londres, à la conférence impériale de 1926, l'égalité des dominions et de la métropole dans le Commonwealth. Sous le gouvernement de son successeur, le conservateur Richard B. Bennett (1930-1935), le Statut de Westminster (1931 ) consacre l'indépendance du Canada , désormais État souverain dont le monarque est celui du Royaume-Uni.
Le Canada indépendant
Producteur de denrées et de matières premières, le pays souffre durement des effets de la crise mondiale de 1929. Pour lutter contre le chômage, le gouvernement fédéral accroît ses pouvoirs et vient en aide aux provinces. Cette grave crise engendre de nouveaux partis : la Fédération coopérative du Commonwealth (aujourd'hui le nouveau parti démocratique), de tendance social-démocrate ; le Parti du crédit social et, au Québec, l'Union nationale, très conservatrice, qui s'assure le pouvoir dans la province, sous la direction autoritaire de Maurice Duplessis (1936-1939 et 1944 - 1959). Durant la Seconde Guerre mondiale, le Canada, qui joue le rôle d'arsenal, s'industrialise rapidement. Ses troupes combattent en Europe, mais l'instauration de la conscription en 1942 crée la même émotion chez les Canadiens français qu'en 1917. La paix revenue, le Canada participe à l'OTAN mais ne s'aligne pas systématiquement sur les positions de Washington, malgré l'importance des investissements américains et les multiples liens culturels entre les deux pays.
L'après-guerre
Depuis la fin de la guerre, les libéraux détiennent le plus souvent le pouvoir, grâce à leur forte implantation au Québec, bien que, à plusieurs reprises, les gouvernements formés par eux n'aient pas recueilli la majorité au Parlement.
Mis à part les intermèdes de John Diefenbaker (1957 - 1963), Joe Clark (1979 - 1980) et Kim Cambell (1993), les conservateurs n'ont détenu le pouvoir durablement que sous le mandat de Brian Mulroney (1984-1993). Les Premiers ministres libéraux Louis Stephen Saint-Laurent (1948 - 1957), Lester Pearson (1963 - 1968), Pierre-Elliott Trudeau (1968-1979 et 1980-1984), John Turner (1984) et Jean Chrétien (depuis 1993) se sont de plus en plus heurtés au nationalisme canadien-français, devenu plus spécifiquement québécois. La " révolution tranquille " du libéral Jean Lesage (1960-1966) accélère brutalement l'évolution, et produit au Québec des mutations fondamentales dans les mœurs et les mentalités. Le Québec exige désormais l'élargissement de son autonomie et le droit d'entretenir des relations culturelles directes avec la France et les pays francophones, sans passer par Ottawa. Cela suppose une redéfinition du pacte constitutionnel.
La question du Québec
À partir de la fin des années 1960, et notamment après l'encouragement lancé par le général de Gaulle en 1967 (" Vive le Québec libre ! "), l'activité politique en faveur de l'indépendance du Québec s'accentue graduellement. En 1976, le parti québécois de René Lévesque remporte une victoire électorale qui lui permet de contrôler le gouvernement du Québec et d'organiser un référendum sur son indépendance. Celui-ci se solde par une défaite des indépendantistes (41 % des voix).
Par la suite, les répercussions des velléités indépendantistes québécoises toucheront aux fondements même de l'État canadien. Majoritairement anglophone et de culture protestante, celui-ci se voit contraint d'entériner la diversité culturelle qui le caractérise depuis ses origines, diversité accrue en raison d'une forte immigration. La question du Québec n'a été nullement résolue par le référendum de 1976. En dépit de la défaite du parti québécois aux élections provinciales de 1985, le statut de " société distincte " doit être reconnu à la province par l'accord du lac Meech, mais ce dernier, signé en 1987, n'est pas ratifié, l'adhésion de toutes les provinces n'ayant pas été recueillie. Le retour au pouvoir du Bloc québécois, en 1993, entraîne un nouveau référendum à l'automne 1995, qui lui aussi désavoue les indépendantistes, mais cette fois-ci avec un écart extrêmement faible(50,58 % de non ; 49,42 % de oui), les voix contre exprimant le choix de la population anglophone de Montréal et de l'immigration internationale. Le statut du Québec semble donc plus que jamais précaire, mais s'il était modifié, c'est l'ensemble du fédéralisme canadien qui pourrait se trouver mis en cause. Aussi le Gouvernement fédéral tente-t-il de modifier la règle de la majorité dans le cas d'un référendum sur la souveraineté.
Les Indiens du Canada, qui se répartissent en plusieurs familles sur l'ensemble des dix provinces, réclament pour leur part un statut d'autonomie interne. En 1992, l'accord de Charlottetown, signé par le Premier ministre Mulroney et les dix Premiers ministres des provinces, prévoit un tel statut, mais sa ratification, soumise à référendum, est refusée.
Canada