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1974 - 1976 |
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Gérald Ford
Né le 14 juillet 1913 à Omaha (Nebraska)
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C’est par accident que Gerald R. Ford est devenu le trente-huitième président des États-Unis : rien ne laissait en effet prévoir que, triomphalement réélu en novembre 1972, Richard Nixon serait contraint à la démission, le 9 août 1974, par le scandale du Watergate. C’est ainsi que se retrouveront à la Maison-Blanche, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président et un vice-président (Nelson Rockefeller) qui n’avaient ni l’un ni l’autre été élus par le peuple américain mais désignés par le Congrès.
Gerald Ford s’est acquis une réputation de maladresse, voire de bêtise, que le président Johnson, qui savait trouver des formules cinglantes, résumait en disant que cet ancien champion de football américain avait trop pratiqué son sport favori sans casque ! C’était aller un peu loin car, somme toute, Gerald Ford est diplômé d’une excellente université américaine (University of Michigan) et est sorti dans un bon rang de la meilleure école de droit américaine (Yale University Law School). À vrai dire, ce qui caractérise avant tout le jeune avocat, qui s’installe à Grand Rapids dans le Michigan et va bientôt entamer une longue carrière politique, c’est le conservatisme. On peut en effet le constater en analysant l’ensemble de ses votes au Congrès depuis le moment de son élection en tant que républicain à la Chambre des représentants (nov. 1948) jusqu’à son accession à la vice-présidence, en remplacement de Spiro Agnew, lui aussi obligé de démissionner à la suite d’un scandale financier (oct. 1973). Il était en effet très sceptique quant à l’efficacité de l’intervention étatique et s’opposa bien souvent aux propositions « libérales » : aide à l’éducation, aide aux minorités, assistance médicale. Il eut des positions modérées en matière de droits civiques, mais fut en toutes circonstances en faveur de l’intervention américaine au Vietnam. Son désir de ne point trop accroître le budget de l’État n’allait pas jusqu’à vouloir réduire les crédits de défense nationale : membre de la puissante sous-commission des attributions de crédit pour la défense, Gerald Ford soutint constamment toutes les demandes du Pentagone. Président du groupe républicain, à la Chambre, depuis 1965, il fut un partisan loyal et permanent du président Nixon.
Lorsqu’il devint président, Ford affirma que son conservatisme ne faisait que refléter celui de sa circonscription électorale et que son comportement présidentiel serait différent. À dire vrai, Grand Rapids est plus éclectique que ne le fut Gerald Ford, puisque cette circonscription a voté pour Lyndon Johnson et contre Barry Goldwater et a donné un successeur démocrate et libéral à celui qu’elle avait élu et réélu pendant vingt-six ans. Parallèlement, d’ailleurs, le trente-huitième président fut aussi conservateur sur le plan national qu’il l’avait été quand il ne représentait qu’une des 435 circonscriptions que comptent les États-Unis. Les résultats de son gouvernement furent en effet mitigés : l’inflation ne fut — relativement — jugulée qu’au prix d’une forte aggravation du chômage ; les derniers soubresauts de la guerre du Vietnam s’accompagnèrent d’accusations exagérées contre le Congrès ; la grâce accordée à l’ex-président Nixon sembla bien rapide et indulgente, d’autant plus que Ford fixait dans le même temps des conditions assez draconiennes à l’amnistie en faveur des insoumis de la guerre du Vietnam. Sur bien d’autres points encore — l’énergie, l’Angola, son entourage — le président Ford était loin d’emporter l’adhésion d’une majorité de ses concitoyens. En revanche, il réussissait à redonner à une présidence dont le lustre était bien terni une dignité qui lui était largement refusée depuis l’aventure vietnamienne et le scandale du Watergate.
Les difficultés qu’allait connaître le président sortant dans sa tentative pour être réélu, ou plutôt élu, en 1976, ont été visibles dès la campagne des primaires : son adversaire principal dans le camp républicain, Ronald Reagan, ancien gouverneur ultra-conservateur de Californie, sera bien près de lui dénier l’investiture de son propre parti. Au moment de la Convention républicaine, Ford aura jusqu’à trente points de retard dans les sondages sur son adversaire démocrate Jimmy Carter. Son intégrité, sa solidité, la netteté de ses positions politiques par rapport à un adversaire qui tente au contraire de les maintenir dans le flou, l’aide d’une épouse aussi énergique que séduisante, notamment par son humour, lui feront largement remonter ce handicap, au point que les résultats seront infiniment plus serrés que les observateurs ne l’avaient prévu : moins de trois points sépareront le démocrate du républicain.
Gerald Ford a toujours eu la réputation de n’avoir pas d’ennemis : il s’est incliné avec la gentillesse que l’on attendait de lui et a grandement aplani les difficultés de la période de transition. Retiré de l’arène politique, il rédige ses Mémoires. |
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1976 - 1981 |
Jimmy Carter
Né le 1er octobre 1924 près de Plains (Géorgie)
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Ancien officier de marine sur les sous-marins atomiques, Jimmy Carter rentre à vingt-neuf ans à Plains (Georgie) pour y prendre la succession de son père. Le métier de planteur de cacahuète, quels qu’en soient les charmes, vantés par Carter lui-même, n’est pas assez exaltant pour cet homme fort ambitieux : il se lance dans la politique locale, comme démocrate, ce qui est la règle presque exclusive dans le Sud. Au niveau, d’abord, du district scolaire, puis du Sénat de Georgie, où il siégera de 1962 à 1966. Pour ce que l’on peut en savoir (10 % seulement des votes étaient alors enregistrés à Atlanta), il s’y montre conservateur en matière fiscale et libéral sur les problèmes sociaux. Après un échec en 1966, il se représente au poste de gouverneur de Georgie en 1970. Il est élu, non sans quelque difficulté, contre un adversaire plus libéral que lui. Mais son discours d’inauguration constitue une surprise pour ceux de ses électeurs qui l’avaient cru raciste. Il déclare en effet : « Je dois vous dire franchement que le temps de la discrimination est terminé », et sa déclaration est suivie de la nomination de Noirs à des postes de responsabilité au niveau étatique. Ces décisions lui valent une publicité nationale : il devient l’un des symboles du « Nouveau Sud ».
En 1974, en tant que président de la commission démocrate pour les élections législatives, il voyage à travers tout le pays et prend contact avec de nombreux responsables démocrates. Ainsi, lorsqu’il déclare officiellement sa candidature à la présidence des États-Unis, il est inconnu de la plus grande partie de l’électorat américain — mais point de l’appareil du parti républicain ni de celui du parti démocrate. Ce dernier, comme les autres composantes du parti (les syndicats, notamment, et l’électorat noir), se ralliera à sa candidature, avec un enthousiasme parfois mitigé, il est vrai. Électorat noir, syndicats, éléments sudistes et appareil démocrate auront d’ailleurs un rôle beaucoup plus déterminant que ne l’eût souhaité Carter dans une victoire acquise d’extrême justesse. Le 2 novembre 1976, il est élu trente-neuvième président des États-Unis, avec 51 % des suffrages exprimés, face au président sortant Gerald Ford, qui en recueille 48 %. Le taux d’abstention particulièrement élevé (45 %) est significatif du scepticisme d’une bonne partie de l’électorat américain à l’égard d’un système politique dont le fonctionnement semble parfois bien loin de l’idéal inculqué à l’école.
Jimmy Carter n’a été élu qu’envers et contre tous les appareils politiques. Bien qu’ayant fait campagne contre l’establishment, il a su largement puiser dans ce réservoir de personnalités formées de longue date aux dédales de la politique américaine. En effet, le cercle de ses adjoints à la Maison-Blanche étant pour l’essentiel composé de Georgiens qui travaillent avec lui depuis de longues années et en qui il a pleine confiance, Jimmy Carter a éprouvé le besoin de compenser leur inexpérience en matière de problèmes nationaux, en particulier en politique étrangère, par la nomination d’hommes ayant déjà eu des responsabilités gouvernementales. Ses choix ont parfois été critiqués parce que les « revenants » des équipes Kennedy et Johnson n’ont que très tardivement dénoncé l’intervention américaine au Vietnam et sont par trop liés à la Commission trilatérale, aux grandes entreprises et institutions financières et aux cabinets d’avocats les plus huppés.
Le président Carter avait déclaré, lors de la campagne électorale, qu’il accorderait la priorité à la réorganisation gouvernementale et aux affaires intérieures. Mais c’est principalement la politique étrangère qui monopolise son attention. En août 1978, Jimmy Carter invite le président égyptien Anouar al-Sadate (à la suite de la visite de celui-ci à Jérusalem en novembre 1977) et le Premier ministre israélien Menahem Begin . Les accords de Camp David (du nom de la résidence des présidents des États-Unis dans le Maryland où eurent lieu les négociations) sont paraphés le 17 septembre par les trois hommes. Le traité de paix israélo-égyptien reste le grand succès de politique étrangère de Jimmy Carter. En juin 1979, en dépit de ses divergences de vue avec Leonid Brejnev concernant les grandes crises du globe, il signe avec lui le traité S.A.L.T.-II sur la limitation des armements stratégiques. De novembre 1979 à janvier 1981, il négocie la libération des otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran , mais c’est son successeur, Ronald Reagan, qui en recueillera les bénéfices puisque la libération intervient quelques instants après l’entrée en fonctions de ce dernier.
La dégradation de la situation économique (hausse du chômage et de l’inflation et forte chute du dollar) entraîne une baisse de popularité de Jimmy Carter. Lors de l’élection présidentielle de novembre 1980, il n’obtient que 41 % des voix contre 51 % pour Ronald Reagan. Depuis son départ de la Maison-Blanche, Jimmy Carter œuvre pour la paix et les droits de l’homme à travers le monde (médiations entre le gouvernement éthiopien et les rebelles tigréens en 1989, entre les deux Corées en juin 1994, avec la junte haïtienne en septembre 1994 ; missions d’observation des élections en Amérique centrale). Son engagement lui vaut le prix Nobel de la paix en octobre 2002.
En mai 2002, il se rend en visite « privée » à Cuba, à l’invitation de Fidel Castro, où il plaide en faveur de la normalisation des relations américano-cubaines. C’est le plus haut dignitaire américain jamais reçu dans l’île depuis la révolution de 1959.
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1981 - 1989 |
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Ronald Reagan
Né le 6 février 1911 à Tampico (Illinois)
Décédé le 5 juin 2004 dans sa maison de Bel Air à Los Angeles
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Ronald Wilson Reagan est né dans une famille modeste. Il connaît d’abord le succès comme reporter sportif et présentateur de radio dans l’Iowa (1933-1937). À l’été de 1937, il part pour Hollywood où il tourne dans 53 films – pour la plupart de série B. Il épouse en janvier 1940 l’actrice Jane Wyman dont il divorcera en juillet 1949. Il figure parmi les acteurs les mieux payés lorsque, en 1942, la guerre le contraint à interrompre sa carrière.
Après le conflit, celle-ci commence à décliner. Mais il en débute une autre qui va le fasciner. Président de la Screen Actors Guild de 1947 à 1954, il joue un rôle crucial dans les purges anticommunistes qui secouent Hollywood, tout en conservant une image de démocrate progressiste. Cependant, son second mariage en mars 1952 avec l’actrice Nancy Davis (née Anne Frances Robbins), son admiration pour le dynamisme des grandes entreprises (de 1954 à 1962, il présente chaque dimanche les téléfilms financés par la General Electric) et sa vigoureuse opposition à la progressivité de l’impôt sur le revenu le poussent vers le conservatisme et le parti républicain, auquel il adhère officiellement en 1962.
En 1964, un discours télévisé en fait le héros de la droite radicale de cette formation. Son charisme lui permet d’être élu (en 1966) et réélu (en 1970) gouverneur de Californie. En novembre 1980, fort de cette expérience à la tête du plus grand État du pays et porté par la « révolution conservatrice » en gestation depuis le milieu des années 1970, l’ancien acteur est élu président des États-Unis (poste qu’il occupera de janvier 1981 à janvier 1989) avec 51 % des voix, face au président sortant Jimmy Carter (41 %).
Consacrant le mariage de Hollywood et de Washington mais aussi celui du populisme et du capitalisme, son élection illustre le talent de grand communicateur qui lui a été unanimement reconnu. Ce talent est dû à la maîtrise successive qu’il a su acquérir de tous les grands médias mais encore plus à son imprégnation profonde, tout au long de son existence, des valeurs les plus vivaces de l’Amérique (religion, sport, mythes historiques et cinématographiques). Il est probablement plus que tout autre à même d’incarner les contradictions dont les rêves des Américains sont faits.
En dépit des faiblesses que ses critiques ne manquent pas de relever (gaffes, ignorance des dossiers, absence de curiosité intellectuelle, tendance à laisser l’astrologue de sa femme fixer son calendrier), ce talent, doublé d’un exceptionnel instinct politique, lui permet, avec l’aide d’une formidable équipe de relations publiques, d’incarner l’image d’un leader authentique, de s’ériger en prophète inspiré et de rendre foi dans leur destin à ses concitoyens.
Sur le plan intérieur, parallèlement à un discours prônant les vieilles valeurs morales, il procède à la nomination de juges conservateurs. Mais sa priorité est la réhabilitation du marché et l’arrêt de la progression jusqu’ici accélérée du rôle social de l’État. Ce dernier, aime-t-il à proclamer, « n’est pas la solution au problème. Il est le problème ». Son programme économique repose sur la déréglementation, sur une lutte sévère contre l’inflation, sur la réduction des dépenses (à l’exception du budget militaire) et sur une relance de l’initiative privée grâce à une baisse sans précédent de la fiscalité (« économie de l’offre »). Sa réalisation bute sur d’importantes difficultés ; néanmoins, malgré un prix élevé (creusement sans précédent des déséquilibres de la balance commerciale et du budget, accroissement des inégalités et glissement des États-Unis du statut de créancier net à celui de plus gros débiteur mondial), Reagan offre au pays sa plus longue période d’expansion économique depuis 1945. Il favorise la restructuration de l’appareil de production qui contribue probablement à renforcer, quelques années après, la suprématie économique et technologique des États-Unis. Dès 1984, la prospérité retrouvée lui vaut, lors de l’élection présidentielle en novembre, d’être réélu largement (59 p. 100 des voix), face au démocrate Walter Mondale.
Son plus grand succès a été de présider à l’extension de la démocratie dans les pays en développement (Argentine, Brésil, Philippines, Corée du Sud) ainsi qu’aux premiers craquements d’un empire soviétique qu’il honnissait depuis des décennies. Il intensifie, lors de son premier mandat, les tendances amorcées à la fin de la présidence Carter : raidissement face à l’autre camp et accroissement des dépenses militaires. Il entend montrer à l’U.R.S.S. qu’elle a eu tort de se lancer dans une course aux armements qu’elle n’a aucun espoir de gagner. En 1985, il se trouve en position de force pour engager le dialogue avec Mikhaïl Gorbatchev, qui s’apprête à remettre en question l’expérience communiste .
À partir de l’automne 1986, la chance – il a miraculeusement survécu à un attentat (30 mars 1981) et les observateurs parlent volontiers de « présidence Teflon » à son sujet – semble l’abandonner. L’affaire de l’Iran-Contragate (la vente illégale d’armes à l’Iran a permis de financer la guérilla antisandiniste du Nicaragua alors que le Congrès avait interdit une telle aide) sème la consternation dans l’opinion et la colère au Congrès. À la fin de 1987, pourtant, le réchauffement des relations avec l’U.R.S.S. (signature du traité de Washington, en décembre, sur le désarmement nucléaire) et le maintien, au prix d’un fort déficit de la balance commerciale et du budget, d’une indéniable prospérité lui assurent une « sortie en beauté ». N’est-il pas jusqu’ici, avec Eisenhower, le seul président de l’après-guerre à quitter la Maison-Blanche aussi populaire qu’il y est entré ? |
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