1952 - 1960

Dwight D. Eisenhower

Né le 14 octobre 1890 à Denison (Texas)

Mort le 23 mars 1969 à Washington

Né dans une modeste famille, de tradition mennonite, Eisenhower vécut dans le Kansas à Abilene, puis entra à l’Académie militaire de West Point (1911-1915). Au cours de la Grande Guerre, il reste aux États-Unis et occupe un poste d’instructeur dans l’arme blindée. Au retour de la paix, il est capitaine et le demeurera seize ans. Mais il a la chance d’être envoyé à l’école d’état-major de Fort Leavenworth en 1926, puis à l’Army War College en 1928. Il entre alors dans le cabinet du secrétaire adjoint à la Guerre. En 1933, le chef de l’état-major, le général Douglas MacArthur, le remarque et l’emmène aux Philippines de 1935 à 1939. En mars 1941, Eisenhower accède au grade de colonel ; quelques mois plus tard, à celui de général de brigade.
La participation des États-Unis à la Seconde Guerre mondiale lui ouvre de nouvelles possibilités. En 1942, après s’être fait remarquer lors des manœuvres de Louisiane, il entre à l’état-major général comme chef de la division des plans de guerre. Lorsque les Alliés décident de préparer un débarquement en Europe, c’est à lui que pense le général Marshall pour préparer les opérations. Eisenhower s’installe à Londres, pendant l’été de 1942. En fait, le débarquement a lieu d’abord en Afrique du Nord et le commandement en chef lui en est confié . Après la libération du Maghreb en mai 1943, Eisenhower dirige le débarquement allié en Sicile, puis en Italie . En novembre 1943, le président Roosevelt lui confie la tâche de commander toutes les forces alliées qui seront débarquées sur les plages françaises . Les opérations qui commencent le 6 juin 1944 et ouvrent le deuxième front en Europe se déroulent sous sa responsabilité . Il y fait preuve de tact (le commandement étant interallié, il lui faut concilier les intérêts américains, anglais et français), de compréhension à l’égard des méthodes de guerre et des techniques militaires nouvelles (importance de la logistique) et d’un courage qui lui permet de résister à la contre-offensive allemande de décembre 1944. Le 7 mai 1945, il reçoit, à Reims, la capitulation de l’armée allemande et succède au général Marshall au poste de chef d’état-major de l’armée américaine. Il prend sa retraite en 1948. En 1951, il est rappelé à la tête du commandement suprême des forces de l’O.T.A.N. Les partis politiques se le disputent. Après avoir refusé en 1948, il cède en 1952 au Parti républicain, et se présente à l’élection présidentielle. Sa popularité, un programme rassurant, les tendances conservatrices qu’il affiche et qui correspondent aux sentiments de la majorité lui assurent une victoire aisée. Sa réélection en 1956 ne sera pas moins facile.
Le président Eisenhower confie la politique étrangère à son secrétaire d’État, John Foster Dulles, auquel il laisse une entière liberté d’action. La guerre froide, le réarmement de l’Allemagne, les négociations en Corée et le containment de la Chine communiste, la condamnation de l’expédition anglo-franco-israélienne en Égypte , l’intervention au Guatemala, puis, à la fin des années 1950, la recherche d’une entente avec l’U.R.S.S. et l’avènement du régime castriste à Cuba sont les faits marquants de l’ère Eisenhower. À l’intérieur, Eisenhower applique le principe de la non-intervention de l’État dans les affaires économiques, défend le conservatisme politique tout en éprouvant fort peu de sympathies pour le maccarthysme, entreprend de faire respecter la déségrégation raciale que la Cour suprême a ordonnée (Little Rock, 1957). C’est une période d’immobilisme : les Américains, rassurés par la tranquille bonhomie du général et par la prospérité dont fait preuve l’économie américaine, saisissent mal, à l’image de leur président, les nouveaux problèmes qui agitent le monde. Ils sortent de leur torpeur quand les démocrates dénoncent l’insuffisance du programme d’action de la Maison-Blanche : lors de l’élection présidentielle de 1960, le candidat d’Eisenhower, le vice-président Richard Nixon, est battu par le démocrate John F. Kennedy. C’est au cours des dernières semaines de l’exercice du mandat d’Eisenhower que les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec Cuba. Eisenhower se retire ensuite dans sa ferme de Gettysburg, en Pennsylvanie, où il se consacre à la rédaction de ses mémoires.

     
1960 - 1963
John F. Kennedy

Né le 29 mai 1917 à brookline (Massachusetts)

Assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas

John Kennedy est issu d'une riche famille d'origine irlandaise, de confession catholique. Son père, le financier Joseph P. Kennedy, a été ambassadeur en Grande-Bretagne sous la présidence de Franklin Roosevelt.
Après ses études à Harvard, J. F. Kennedy s'engage dans la marine et participe à la Seconde Guerre mondiale. Officier commandant un lance-torpilles, il se conduit avec bravoure dans le Pacifique, est blessé et décoré en 1943.
Élu en novembre 1960, John Fitzgerald Kennedy entre en fonction le 20 janvier 1961. Comme le prévoient les institutions, il prête serment de fidélité...
Après la guerre, il entre au Parti démocrate et est élu à la Chambre des représentants en 1947. Sénateur démocrate du Massachusetts de 1952 à 1960, il prend la direction de l'aile libérale du parti et se prononce en faveur d'un programme de réformes sociales. Opposé à la politique coloniale française, il milite pour l'indépendance de l'Algérie. Durant ces années, il écrit Profiles in Courage (« Portraits d'hommes courageux », 1956), portraits de héros politiques qui lui vaut de recevoir le prix Pulitzer en 1957.
Ayant décidé de se lancer dans la course à la présidence, Kennedy rassemble autour de lui une équipe animée par son frère Robert Kennedy, et prend pour colistier le sénateur du Texas Lyndon Johnson. Face au candidat républicain Richard Nixon, il développe le thème de la « nouvelle frontière » à conquérir dans les domaines de l'éducation, de l'assistance sociale, de l'intégration raciale et de l'aide aux pays en voie de développement. En 1960, Kennedy est élu à une courte majorité. Il est alors le plus jeune président jamais élu et le premier catholique à la tête des États-Unis.
Le discours inaugural de Kennedy donne le ton de l'idéal qu'il veut insuffler à la nation. Dans le droit fil de ses idéaux, il crée un corps de volontaires américains pour servir à l'étranger, le Peace Corps. Le nouveau président s'entoure de brillants collaborateurs et s'efforce d'appliquer son programme économique et social, malgré l'opposition du Congrès.
En matière d'intégration raciale, Kennedy appuie la décision d'un juge de la Cour suprême autorisant l'accès d'un étudiant noir à l'université du Mississippi en 1962. L'année suivante, il oblige l'État d'Alabama à ouvrir les écoles publiques aux Noirs. Ses propositions en matière de lutte contre la ségrégation aboutissent à la loi sur les droits civiques adoptée par le Congrès en 1964.
Soucieux de combler le retard des États-Unis sur l’URSS dans le domaine de la conquête spatiale, Kennedy décide de mettre en œuvre le projet d'envoyer un homme sur la Lune (1961). Sur le plan économique, il favorise par une politique budgétaire et fiscale adaptée la reprise de la consommation et des investissements intérieurs et tente de relancer l'activité en proposant à l'Europe du Marché commun de créer une vaste zone de libre-échange. Le Kennedy Round aboutit en 1967 à un accord sur la réduction des tarifs douaniers.
Favorable à la coexistence pacifique avec l'URSS, Kennedy rencontre Nikita Khrouchtchev à Vienne en 1961. Les deux dirigeants se mettent d'accord sur la neutralisation du Laos, mais ne peuvent trouver un terrain d'entente à propos de Berlin. Les tensions de la guerre froide sont aggravées lorsque l'Union soviétique reprend ses expériences nucléaires dans l'atmosphère.
Opposé au régime de Fidel Castro, Kennedy approuve en 1961 une tentative de débarquement à Cuba menée par les services secrets avec des réfugiés anticastristes. L'opération de la Baie des cochons est un échec.
À la fin de l'année 1962, des avions-espions survolant Cuba découvrent que des missiles à têtes nucléaires soviétiques sont en cours d'installation. Après avoir annoncé le blocus de l'île, Kennedy lance un ultimatum à l'URSS, exigeant le retrait des armes installées. Khrouchtchev hésite devant la détermination du président américain et accepte le démantèlement des missiles. Le recul des Soviétiques est considéré comme un triomphe politique pour Kennedy. En outre, afin d’empêcher toute progression de l’URSS et de Cuba en Amérique latine, il crée en 1961 l’Alliance pour le progrès qui vise par des aides à favoriser le développement économique et social de cette région du monde.
En 1963, lors d'un voyage à Berlin-Ouest, Kennedy appelle à la fin de la guerre froide. Partisan de la limitation des armements, il signe cette même année avec l'URSS un traité d'interdiction des essais nucléaires dans l’atmosphère. Un « téléphone rouge », ligne directe entre Moscou et Washington, est installé pour faciliter les communications en cas de crise.
Parallèlement à cette politique de détente, toujours fidèle à la doctrine Truman d’endiguement du communisme, Kennedy envoie seize mille hommes au Sud-Viêt Nam pour contrer la menace communiste, inaugurant l'escalade de l'engagement américain dans la guerre du Viêt Nam.
À la fin de 1963, Kennedy commence à préparer sa réélection, parcourant le pays pour faire valoir son action auprès du peuple américain. Le 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), il est assassiné alors qu'il traversait la ville dans une voiture décapotable. Kennedy est touché à la tête. Transféré au Parkland Memorial Hospital, il meurt peu après. Sa mort provoque une immense émotion dans le pays comme dans le monde. Un ancien membre des marines US, Lee Harvey Oswald, est arrêté quelques heures après. Oswald est à son tour assassiné deux jours plus tard par Jack Ruby, propriétaire de boîtes de nuit, alors qu'il était transféré de la prison de la ville à celle du comté.
Une commission dirigée par le juge Earl Warren conclut en septembre 1964 que Lee Harvey Oswald est bien le meurtrier et qu'il a agi seul. Depuis, les conclusions de l'enquête officielle ont été vivement critiquées. Les hypothèses les plus abouties suggèrent que Kennedy a été victime d'un complot et qu'il a été assassiné par plusieurs tueurs, peut-être commandités par la mafia.
Sa jeunesse, sa forte personnalité, son charisme et les circonstances obscures de son assassinat ont contribué au fil des décennies à ériger Kennedy en véritable personnage mythique, aux yeux de l’opinion américaine.

     
1963 - 1968

Lyndon B. Johnson

Né le 27 août 1908 à Stonewall (Texas)

Mort le 22 janvier 1973 à Johnson City (texas)

Élu à la Chambre des représentants en 1937, Lyndon Johnson fut le plus ardent soutien et le protégé du président démocrate Franklin D. Roosevelt. En 1942, il se porta volontaire pour combattre dans l'armée américaine, comme officier de marine. Élu sénateur en 1949, il prit la tête, en 1953, du Parti démocrate au Sénat. En 1957, il réussit à imposer à l'administration républicaine la première législation sur les droits civiques depuis la guerre de Sécession. Malgré le succès des réformes sociales dont il fut l'initiateur, Johnson dut s'effacer devant John F. Kennedy, sénateur du Massachusetts, choisi comme candidat démocrate à l'élection présidentielle de 1960. Johnson accepta néanmoins d'être candidat à la vice-présidence. Il succéda à Kennedy après l'assassinat de celui-ci, à Dallas, le 22 novembre1963.
Poursuivant la politique de Kennedy, il lança la « guerre à la pauvreté », faisant adopter une série de mesures destinées à promouvoir le développement économique dans les zones urbaines défavorisées. Mais sa principale victoire législative fut d'obtenir en 1964 le vote d'un texte condamnant la ségrégation raciale dans les lieux publics. Durant son second mandat, le Congrès vota le programme Medicare, destiné, en l'absence d'un véritable système de sécurité sociale, à garantir une couverture médicale aux personnes âgées. D'importants crédits furent débloqués en faveur de l'enseignement secondaire et supérieur.
La politique étrangère de Johnson fut davantage contestée. Il renforça en effet l'engagement des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam. Le contingent américain au Viêt Nam passa ainsi de 17 000 hommes, en 1965, à 550 000, à la fin de 1968. Cette politique d'« escalade » dans le conflit vietnamien suscita une hostilité croissante de l'opinion publique américaine. Johnson, à l'issue de son mandat, renonça à se présenter une nouvelle fois à la présidence et annonça publiquement son retrait de la vie politique.

     
1968 - 1974
Richard Nixon

Né le 9 janvier 1913 à Yorba Linda (Californie)

Mort en 1994 à New York

Né à Yorba Linda, en Californie, d’une famille d’origine modeste, qui avait émigré dans l’Ouest pour y faire fortune mais sans y parvenir, Richard Nixon put pourtant entreprendre et mener à bien des études supérieures. Il devint avocat en 1937. Trois ans plus tard, il épousait Pat Ryan, qui lui donna deux filles.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, après un bref passage dans l’administration fédérale et dans la marine, Nixon se présente aux élections législatives de Californie et utilise à fond le désenchantement de ses compatriotes à l’égard de l’Union soviétique ; il entre à la Chambre des représentants en 1946 et sera réélu en 1948. Ce républicain appartient au camp des conservateurs, et sa lutte contre les fonctionnaires suspects de sympathies pour le Parti communiste lui donne une première célébrité. En 1950, le voici sénateur ; en 1952, l’aile droite du parti l’impose comme candidat à la vice-présidence au côté du général Eisenhower : malgré un scandale financier qui rejaillit sur sa réputation, Nixon restera huit ans auprès du président. Son rôle politique de 1953 à 1960 est inégal : le vice-président dispose traditionnellement de peu de pouvoirs, mais les crises cardiaques du président Eisenhower lui donnent l’occasion de remplir des tâches importantes. Surtout, il apparaît bientôt comme le dauphin, le successeur désigné. Malheureusement pour lui, son adversaire démocrate, John Kennedy, séduit l’électorat américain, lassé au demeurant par l’immobilisme de l’ère républicaine. Nixon, battu de peu, se retire de la vie politique. Il tente une rentrée en 1962 en essayant de conquérir le poste de gouverneur de Californie ; mais il échoue. La traversée du désert commence.
Après la défaite de Barry Goldwater en 1964, Nixon croit de nouveau à son étoile. Il parcourt le pays, rallie à sa cause un parti accablé par la défaite et profondément divisé. Nixon devient l’homme du centre et de la réconciliation, celui qui peut remporter la victoire sur l’adversaire politique. Aussi se présente-t-il, en 1968, à l’élection présidentielle. Cette fois-ci, les circonstances lui sont favorables : l’« administration » démocrate est usée par la guerre du Vietnam ; le président Johnson a été contraint d’annoncer qu’il ne se représenterait pas et le vice-président Humphrey, qui est candidat, est affaibli par l’opposition à la politique de la Maison-Blanche. Nixon sort vainqueur de la lutte.
Président des États-Unis, il s’emploie à donner de lui une image nouvelle. Le « gagneur », le politicien roublard, l’ennemi acharné des communistes cède la place à l’homme d’État qui cherche à marquer de son empreinte l’histoire de son pays. Et Nixon réussit. Il met fin à l’engagement militaire au Vietnam, non sans avoir négocié pendant trois longues années ; il contribue à accélérer le processus de la détente en poussant les négociations avec l’U.R.S.S. sur la limitation des armements stratégiques ; il reconnaît l’existence de la république populaire de Chine et se rend à Pékin en 1972. Puissamment aidé par un conseiller, Henry Kissinger, qui devient en 1973 secrétaire d’État, il parvient, sur le plan de la politique étrangère, à remporter des succès très nets. En politique intérieure, les résultats sont plus discutables : la lutte contre l’inflation n’est pas couronnée de succès ; la question raciale est sans doute moins brûlante que dans les années 1960, elle ne continue pas moins à se poser d’une manière dramatique ; et, surtout, l’affaire du Watergate (les bureaux du Parti démocrate à Washington sont cambriolés en pleine période électorale) déclenche une grave crise constitutionnelle qui, en quelques mois, détruit la popularité du président et le contraint à démissionner en août 1974. Pourtant, il avait été réélu en 1972, sans grandes difficultés, contre son adversaire démocrate, George McGovern. Maladroitement gracié par son successeur Gerald Ford, il évite la condamnation, mais pas le déshonneur. En 1976, il est radié du barreau de l’État de New York, ce qui met un terme à sa carrière d’avocat. Il rédige neuf livres de mémoires, publiés en 1978 chez Simon & Schuster à New York.