1928 - 1933
Herbert Clark Hoover

Né le 10 aoput 1874 à West Branch (Iowa)

Mort le 20 octobre 1964 à New York

Après des études à Stanford (Calif.), Herbert C. Hoover devient ingénieur des mines et travaille dans l’ouest des États-Unis, puis en Australie, en Asie, en Europe, en Amérique du Sud. Il est en Chine lorsque éclate la révolte des Boxers (1900) ; il révèle alors de remarquables talents d’organisateur et met en place un organisme de secours pour les victimes des événements. Lorsque la guerre est déclenchée en Europe, il est, d’abord, chargé de l’organisation du transport des vivres vers la Belgique ; puis, à partir de 1917, il est nommé à la tête de la Food Administration, qui mobilise l’agriculture américaine pour permettre des exportations vers les pays alliés ; enfin, en 1919-1920, il s’occupe du ravitaillement des populations d’Europe centrale et d’Europe orientale. Partisan de la Société des Nations, Hoover n’en est pas moins républicain ; le président Harding le désigne comme secrétaire au Commerce. De 1921 à 1929, Hoover réussit très bien là aussi, en alliant son respect de la libre entreprise avec quelques mesures d’organisation. En 1928, il est le candidat idéal pour un parti qui vante les mérites de la prospérité. À peine est-il installé à la Maison-Blanche que la grande crise de 1929 porte un coup très sévère à l’économie des États-Unis et du monde occidental. Hoover ne sait pas comment réagir ; il ne croit pas à l’intervention du pouvoir fédéral. Il commence par recommander à ses concitoyens la bonne volonté ; il les encourage à attendre le retour de la prospérité qui, dit-il, est « au coin de la rue ». Il prend, toutefois, quelques mesures : aide bancaire aux entreprises en difficulté, prêts aux fermiers, appel à la charité privée et, sur le plan international, moratoire d’un an pour les dettes de guerre et les réparations allemandes. Rien n’y fait. Hoover n’a aucun programme d’ensemble ; sa personnalité n’inspire guère confiance. Il est largement battu aux élections de 1932 par Franklin D. Roosevelt, autrement plus dynamique et chaleureux.
Dès lors, Hoover s’enferme dans une attitude de refus. Il rejette toutes les mesures du New Deal et dirige l’opposition de droite. Il s’oppose même, en 1940-1941, à l’aide à la Grande-Bretagne. Mais son rôle politique est faible. Le président Truman lui confie, entre 1947 et 1949, quelques missions qui touchent à la distribution de l’aide alimentaire en Europe et à la réorganisation de l’administration. De fait, Hoover passe son temps à écrire et lègue de précieux manuscrits à l’université Stanford, où il fonde un Institut pour l’étude de la guerre, de la paix et de la révolution.
Hoover reste également, dans un registre différent, comme le traducteur en anglais du De re metallica d’Agricola, qu’il accompagne de remarquables commentaires techniques.

     
1933 - 1945

Franklin D. Roosevelt

Né le 30 janvier 1882 à Hyde Park (New York)

Mort le 12 avril 1945 à Warm Springs (Géorgie)

Issu d’une famille aisée, Franklin Delano Roosevelt fréquente les meilleures écoles privées, l’université Harvard puis celle de Columbia. En 1905, il se marie avec une cousine lointaine, Eleanor, nièce du président Théodore Roosevelt. Mais, à la différence de son oncle par alliance, Roosevelt est démocrate et se présente sous cette étiquette aux élections sénatoriales de l’État de New York en 1910. Élu, il se range aux côtés des progressistes et se rallie en 1912 à la candidature de Woodrow Wilson. Le succès de son chef de file lui permet d’entrer dans le cabinet, comme secrétaire adjoint à la Marine (1913-1921). Fidèle wilsonien, Roosevelt est, aux élections de 1920, le candidat démocrate à la vice-présidence, mais ne peut empêcher la victoire des républicains. En 1921, il est frappé par la poliomyélite mais recouvre partiellement l’usage de ses jambes. Dès lors, avec l’aide de sa femme, il entreprend une lutte énergique contre les effets de la maladie. Loin d’abandonner la vie politique, il y trouve l’occasion de manifester le goût de l’effort. À demi-paralysé, mais plus mûr, plus instruit, il incarne paradoxalement l’optimisme. En 1928, il est élu gouverneur de l’État de New York et réélu en 1930. Les mesures qu’il a prises pour combattre le chômage le font connaître dans le pays tout entier. Le Parti démocrate, écarté du pouvoir depuis onze ans, le désigne comme son candidat à la présidence ; il est élu triomphalement en 1932, avec 57,3 % des voix et l’appui d’un Congrès à majorité démocrate .
«  Les 100 jours » qui suivirent son accession à la présidence furent marqués par une série de mesures économiques et financières spectaculaires. Roosevelt fit fermer toutes les banques et ne leur permit de rouvrir que sous le contrôle du Banking Act. Puis, après avoir abandonné l’étalon-or, il fit adopter un certain nombre de mesures dont les plus connues concernent l’établissement de l’Agricultural Adjustment Act (A.A.A.), la commission sur les opérations boursières, le National Industrial Recovery Act (N.I.R.A.), le Public Works Administration (P.W.A.), la Tennessee Valley Authority. D’autres mesures devaient contribuer à reconstruire l’économie et les finances et transformer profondément la législation sociale (Fair Labor Standard Act, National Labor Relations Act, Social Security Act).
Ces mesures, élaborées par une équipe, dont le fameux brain trust composé au départ de cinq professeurs, d’un juge et d’un juriste, n’ont pas été de simples réponses « pragmatiques » à une situation de crise. Elles révèlent des choix et des orientations politiques et économiques bien précises : restructuration de l’économie capitaliste, intervention croissante de l’État dans l’économie, intégration des organisations syndicales, etc. Ces mesures devaient susciter l’opposition croissante de la Cour suprême, qui déclara inconstitutionnelles de nombreuses lois votées alors par le Congrès. Pour faire échec à la Cour suprême, Franklin D. Roosevelt mit à la retraite anticipée certains de ses membres et nomma des juges favorables à sa politique.
Lors des élections de 1936, Roosevelt fut réélu avec une majorité sans précédent. Mais la deuxième présidence fut marquée par une récession sévère, par des oppositions croissantes à l’intérieur du Parti démocrate et par la montée des périls sur la scène internationale.
Au milieu de ces difficultés, le président fut réélu une troisième fois sur la base d’un programme qui affirmait : « Pas de troupes américaines outre-Atlantique. » Au même moment Roosevelt prenait un certain nombre de mesures permettant aux États-Unis de jouer le rôle d’« arsenal de la démocratie ». En mars 1941, il signait la loi du prêt-bail, puis faisait adopter par le Congrès des mesures concernant la défense nationale. En août 1941, Roosevelt et Churchill élaboraient la charte de l’Atlantique et en novembre le président autorisait l’armement de la marine marchande américaine.
Après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, Roosevelt organisa la production de guerre américaine dans un temps record, profitant du soutien du Congrès et de la nation. Au cours de la guerre, Roosevelt participa à un certain nombre de conférences avec ses alliés pour mettre au point une stratégie et des objectifs à long terme : en janvier 1943, la Conférence de Casablanca réunit Roosevelt, de Gaulle, Giraud et Churchill . En août, Roosevelt vit Churchill à Québec et en septembre à Washington. En novembre il rencontra Churchill et Chang Kaï-chek en Afrique du Nord , Churchill et Staline à Téhéran, puis Churchill et Ismet Inönü au Caire. En février 1945 à la Conférence de Yalta , des plans furent faits pour la défaite de l’Allemagne, l’entrée en guerre de l’U.R.S.S. contre le Japon, l’organisation des États-Unis, la division de l’Allemagne en zones et la reconnaissance de « zones d’influence » des deux grandes puissances. À l’époque de la guerre froide, les ennemis de Roosevelt lui reprocheront d’avoir fait la part trop belle aux Soviétiques dans les accords de Yalta. Mais sa mort brutale survenue le 12 avril 1945, à quelques mois de la fin de la guerre, empêche de dire comment il aurait abordé les problèmes nouveaux de la capitulation germano-japonaise et de la paix.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, malgré les assurances fréquemment réitérées au « camp démocratique », la politique de Roosevelt fut singulièrement attentiste et même parfois louvoyante. S’il est vrai que le soutien à l’allié d’abord le plus menacé, l’Angleterre, fut un de ses traits caractéristiques, il n’en fut pas toujours de même des autres alliés, puissants ou diminués. Une partie des difficultés de l’après-guerre est incontestablement due aux mesures tour à tour traditionalistes et progressistes prises par le président et par son équipe durant les phases successives du conflit mondial.
Sur le plan de la politique intérieure, la présidence de Roosevelt représente un moment crucial dans l’histoire des États-Unis. Elle est marquée par un très net renforcement du pouvoir présidentiel, par l’extension des pouvoirs du gouvernement fédéral au détriment du droit des États et par la remise en marche du capitalisme par des initiatives planistes. Loin d’avoir été une révolution, le New Deal a assuré la survie de l’ordre existant.

     
1945 - 1952

Harry Truman

Né le 8 mai 1884 à Lamar (Missouri)

Mort le 26 décembre 1972 à Kansas City

Né dans le Missouri près d’Independence, il participe au cours de la Première Guerre mondiale aux combats à Saint-Mihiel et dans l’Argonne. Après sa démobilisation, il tente sa chance dans le commerce et échoue. Il apprend alors le droit, se fait remarquer par l’un des « bosses » du Parti démocrate du Missouri, occupe des fonctions locales et, à cinquante ans, en 1934, parvient à remporter l’élection sénatoriale de l’État. C’est un homme modeste, parfaitement honnête, dévoué à son parti et à son pays, qui symbolise mieux que tout autre l’Américain moyen. Il soutient fidèlement le président Roosevelt et accède à une relative célébrité, après sa réélection de 1940, lorsqu’il devient président du comité d’enquête sur le programme de Défense nationale. Par une activité inlassable et une scrupuleuse attention aux comptes des administrations, il fait économiser un milliard de dollars au Trésor fédéral. En 1944, le parti se tourne vers lui pour les fonctions de vice-président : Harry Wallace, qui a occupé ce poste depuis quatre ans, est trop marqué par ses positions de gauche ; James F. Byrnes, l’autre candidat, est trop conservateur ; Truman est l’homme de la situation.
La mort brutale de Franklin D. Roosevelt le porte aux responsabilités suprêmes en une période particulièrement cruciale. Il n’a reçu pour cela aucune préparation ; il n’est pas au courant des grands secrets de l’État. Pourtant sa première décision importante est d’utiliser l’arme atomique pour amener le Japon à déposer les armes (août 1945). Après la capitulation nippone, Truman doit s’attaquer en même temps à la reconversion du pays vers l’économie de paix et à l’organisation de la guerre froide. Les mesures prises permettent d’éviter le chômage mais non la hausse des prix ; fidèle à la politique de Roosevelt sur le front social, il ne peut cependant empêcher les conservateurs de limiter, par la loi Taft-Hartley (1947), les activités des syndicats. Il entreprend la déségrégation dans l’armée, mais l’aile droite de son parti l’abandonne, tandis que l’aile gauche lui reproche de manifester trop d’intransigeance envers les Russes. Truman, en effet, désespère, au lendemain de la conférence de Potsdam , de trouver avec Moscou un terrain d’entente.
Il patronne à ses débuts le mouvement de lutte contre l’influence communiste à l’intérieur des États-Unis. Plus encore, à l’extérieur, il engage une politique de containment, de limitation de l’aire d’influence soviétique qui sera l’une des données essentielles de la guerre froide  ; dans ce but, la doctrine Truman d’aide économique et militaire à la Grèce et à la Turquie conduit les États-Unis à soutenir en 1947 les gouvernements de ces pays contre les pressions communistes intérieures ou extérieures qu’ils subissent ; le plan Marshall (1948), l’aide à l’Allemagne et au Japon sont autant d’éléments de cette politique. Attaqué au sein de son parti pour sa politique intérieure, controversé en matière de politique extérieure, Truman , auquel les leaders démocrates n’accordent aucune chance d’être réélu, présente, contre maints avis, sa candidature devant la convention électorale de son parti qui l’élit candidat et engage, contre le candidat républicain Thomas Dewey, une campagne électorale très difficile axée sur la dénonciation de l’inactivité républicaine. En 1949, Truman réélu propose dans son message sur l’état de l’Union, le Fair Deal, un programme d’économie intérieure en vingt-quatre points dont la réalisation ne sera que partielle. En politique extérieure, les résultats obtenus seront plus tangibles : signature du pacte de l’O.T.A.N. (1948) ; containment des forces communistes chinoises sur le continent et protection de Formose, envoi des troupes américaines lorsqu’en 1950 éclate la guerre de Corée ; Truman résiste toutefois aux invitations pressantes faites par le général. MacArthur d’attaquer directement la Chine. La chasse aux sorcières menée par le sénateur McCarthy — avec la dénonciation d’éléments communistes dans l’administration américaine —, l’exécution de certains inculpés (époux Rosenberg) et les réactions intérieures et internationales suscitées, enfin la lassitude des Américains face à une guerre qui n’en finit pas seront autant d’éléments qui ruineront la popularité de Truman.