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1789 - 1797 |
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George Washington
Né le 22 février 1732 à Wakefield (Virginie) - mort le 14 décembre 1799 à Mount Vernon (Virginie)
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George Washington appartenait à une famille de planteurs de modeste aisance, établie depuis un siècle environ dans le Nouveau Monde. Orphelin de père à onze ans, George fut élevé par son demi-frère, Lawrence, qui lui légua une partie de son domaine, Mount Vernon, sur les rives du Potomac. George semblait ainsi promis à l’existence simple et monotone de gentleman farmer. Son instruction se borna à ce qu’il apprit lui-même dans les ouvrages, surtout scientifiques et militaires, qu’il avait à sa disposition et dans les leçons qu’il tira de son expérience d’arpenteur dans les zones montagneuses de Virginie.
Cependant, le début de la guerre contre la France et les Indiens, connue en France sous le nom de guerre de Sept Ans, fit de lui un officier de l’armée britannique (dès 1754, il reçut une commission de lieutenant-colonel) et l’opposa aux forces françaises retranchées au fort Duquesne, le futur Pittsburgh. Après un premier échec en 1755, il participa, à la tête de la milice de Virginie, au siège et à la reddition du fort, en 1758. Puis, la guerre finie pour lui, il revint à Mount Vernon pour y reprendre son existence de planteur.
Son expérience militaire le fit désigner, en 1775, par le Congrès continental pour exercer le commandement de la nouvelle armée continentale, appelée à lutter contre l’occupant britannique. C’est dans ces fonctions que Washington déploya le mieux ses possibilités mais aussi montra ses limites. Tout était à faire, car en face de troupes organisées et bien commandées n’existaient que des milices indisciplinées, pourvues d’armes et d’équipements insuffisants et médiocres. La tactique de Washington consista à éviter les affrontements et à ménager ses forces en attendant de posséder la supériorité. Jusqu’en 1777, il retraita prudemment, préférant perdre des positions inutiles plutôt que des troupes. L’hiver de 1777-1778, passé dans le camp retranché de Valley Forge, aux portes de Philadelphie, dans un très grand dénuement, marqua le tournant des campagnes, car c’est là qu’il put refaire ses forces avec l’aide de Prussiens et de Polonais, en attendant l’intervention française. Grâce à elle, il sut préparer une opération combinée entre la marine et l’armée de terre, destinée à encercler les forces britanniques à Yorktown où elles se rendirent (1781) . Patiemment, sans actions d’éclat, Washington avait réussi à vaincre un adversaire plus puissant, mais peu préparé à une guerre d’usure, et à donner à son pays l’indépendance. La paix signée, en 1783, il termina pour la seconde fois sa carrière militaire et se retira à Mount Vernon pour reprendre la direction de sa plantation.
Même s’il avait espéré sincèrement quitter la vie publique, son prestige était si grand que ses contemporains le considéraient comme un héros, le vainqueur de la guerre d’Indépendance. Bien qu’il n’eût jamais participé à la direction politique du pays, il fut spontanément choisi comme président de la Convention réunie à Philadelphie en 1787 pour rédiger une constitution. Deux ans plus tard, un vote unanime le désigna comme président de la République pour quatre ans , et il fut reconduit dans ces fonctions pour un mandat de même durée en 1792. Une nouvelle carrière s’ouvrit ainsi pour Washington. C’est dans l’exercice de la présidence qu’il marqua le plus l’histoire et la société de son pays.
Dans le choix de ses collaborateurs, Washington fit un savant dosage, non entre les partis qui n’existaient pas encore, mais entre les représentants des deux tendances qui avaient divergé sur le vote, puis sur l’interprétation de la Constitution. Il fit d’Alexander Hamilton son secrétaire au Trésor (ministre des Finances) et de Thomas Jefferson son secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères). Le premier représentait les milieux d’affaires, les admirateurs du gouvernement britannique et les tenants d’une interprétation étroite de la Constitution ; le second, les milieux ruraux et, dans une certaine mesure populaires, défenseurs d’une interprétation large de la Constitution, c’est-à-dire enclins à reconnaître aux États, et non au pouvoir fédéral, tout ce qui ne leur était pas expressément attribué dans le texte écrit. Entre ces deux tendances, qui donnèrent peu à peu naissance aux fédéralistes et aux républicains (démocrates), Washington chercha à maintenir l’équilibre, à la manière d’un souverain constitutionnel, dont le modèle ne pouvait être que le roi d’Angleterre. Dépourvu de formation politique, il ne comprenait pas l’utilité des partis, qu’il tenait, comme beaucoup de ses contemporains, pour des factions nuisibles, et son tempérament s’accommodait mieux d’un rôle de conciliateur. Cependant, ses préférences allaient à Hamilton, dont il soutint la politique nationaliste et conservatrice : mise en vigueur d’un tarif douanier élevé, destiné à favoriser la naissance d’une industrie nationale, consolidation de la dette publique, création d’impôts indirects sur les produits de consommation et, surtout, fondation d’une banque d’État. Ces mesures lui aliénèrent l’appui des partisans de Jefferson qui abandonna ses fonctions en décembre 1793. Au cours de son second mandat, et malgré qu’il en eût, Washington apparut nettement comme l’homme des fédéralistes, ce qui le fit taxer par ses adversaires d’aspirant à la dictature, surtout après la répression brutale de la révolte des petits paysans distillateurs en Pennsylvanie (Whiskey Rebellion, 1794).
Le contraste entre l’idéal de Washington et les réalités ressort encore mieux des relations extérieures. Le début de son premier mandat coïncide, en gros, avec l’explosion révolutionnaire en France, et le second avec le conflit franco-britannique qui se prolongea jusqu’en 1815. Washington aurait voulu cantonner son pays dans une neutralité totale et parfaite, mais ses sympathies allaient à l’Angleterre, dont le type de gouvernement était son modèle et qui devint le premier partenaire commercial de la nouvelle république. Ses sympathies, il les partageait avec Hamilton, mais non avec Jefferson, admirateur de la France révolutionnaire. Dès les débuts de son mandat, le 22 avril 1793, il lança une proclamation de neutralité, interdisant aux navires américains de fournir du matériel de guerre aux belligérants. Inquiet des menées du ministre français aux États-Unis, le citoyen Genêt, qui, sous couvert d’activités diplomatiques, cherchait à établir des bases françaises sur le sol américain, il en demanda et obtint le désaveu (1794), mettant ainsi fin à l’alliance française dont l’efficacité avait singulièrement diminué depuis la paix de 1783. Du même coup, il se condamnait à manifester ses sympathies pour la Grande-Bretagne, auprès de laquelle il envoya la mission Jay. Les différends entre les deux pays furent réglés par le traité Jay (1794) qui souleva l’opposition des républicains jeffersoniens, au point qu’ils réclamèrent la mise en accusation de Washington pour haute trahison (impeachment). En dépit de ces violentes attaques, Washington conserva une sérénité qui s’exprime dans son « message d’adieu », en 1796, base de la politique américaine pour plus d’un siècle : « La règle de conduite que nous devons nous appliquer le plus à suivre à l’égard des nations étrangères est d’étendre nos relations de commerce avec elles, et de n’avoir que le moins de relations politiques qu’il sera possible [...]. L’Europe a des intérêts qui ne nous concernent aucunement, ou qui ne nous touchent que de très loin ; il serait donc contraire à la sagesse de former des nœuds qui nous exposeraient aux inconvénients qu’entraînent les révolutions de sa politique. »
L’essence de ce qu’on appelle la doctrine de Monroe est incluse dans ces paroles de Washington. Au soir d’une vie consacrée, malgré lui, au service de l’État, il ouvrait la voie à l’isolationnisme, moins par doctrine que par nécessité. Mais tel était le prestige du père fondateur que plusieurs générations d’hommes d’État, Monroe le premier, ont suivi à la lettre son conseil.
Au terme de son second mandat, alors âgé de soixante-cinq ans, Washington décida de ne pas se représenter à la magistrature suprême. La majorité des historiens a interprété cette décision comme un acte suprême de sagesse politique dans un gouvernement qui se voulait démocratique, à la mode du XVIIIe siècle. Washington ne s’était, certes, jamais entièrement senti à l’aise dans les intrigues politiques, mais il semble aussi avoir ressenti certaines attaques formulées contre lui et avoir mesuré la portée de certains échecs, comme la cristallisation de l’opinion autour de deux partis et l’impossibilité de maintenir une stricte neutralité dans la guerre que se livraient Français et Britanniques. Au moment où il décida de se retirer définitivement des affaires publiques, son prestige était encore immense, et c’est cette image que la postérité a retenue. Son exemple devint la loi orale de l’État, et aucun président ne postulera plus de deux mandats présidentiels, du moins jusqu’à Franklin D. Roosevelt, qui put facilement arguer de la guerre pour un troisième, puis un quatrième mandat. La tradition devint loi écrite avec le 22e amendement à la Constitution, proposé en 1947, ratifié en 1951, en vertu duquel les fonctions présidentielles se limitaient à huit années, au plus. |
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1797 - 1801 |
John Adams
Né le 30 octobre 1735 à Braintree (Massachussetts) - mort le 4 juillet 1826 à Quincy (Massachussetts)
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John Adams est considéré comme l’un des « pères fondateurs » en raison du rôle qu’il joua pendant la révolution américaine. Né à Braintree (actuellement Quincy) dans le Massachusetts, appartenant à une famille de fermiers puritains, il est diplômé de Harvard en 1755 ; après une courte expérience de l’enseignement, il fait son droit puis devient avocat à Boston en 1758. Alors que commence à se créer l’aile radicale du mouvement d’opposition à l’Angleterre, dirigée par l’avocat James Otis, il collabore dès 1763 à plusieurs journaux de Boston et utilise cette tribune pour proclamer son opposition au Stamp Act de 1764 qui contraint à l’impôt du timbre tout écrit et tout document privé ou officiel.
É lu en 1771 à la Chambre coloniale du Massachusetts où il lutte vigoureusement contre les mesures prises par l’Angleterre contre les colonies, il est choisi en 1774 comme délégué au premier Congrès continental, où il milite en faveur de l’indépendance totale, puis en 1775 au deuxième Congrès où il convainc les délégués d’organiser la lutte armée sous le commandement de George Washington. Après avoir participé à la rédaction de la Déclaration d’indépendance et l’avoir défendue devant le Congrès (juin-juill. 1776) au cours de turbulents débats, il est envoyé en 1778 à Paris pour nouer les premiers contacts entre la France et la nouvelle nation. Son orgueil, son impatience le servent mal dans cette mission de courte durée ; au retour, il est élu à la Convention de préparation de la Constitution du Massachusetts (1779) ; il se rend en 1780 en Hollande où il fait reconnaître les États-Unis d’Amérique, et en 1782 à Paris avec John Jay et Benjamin Franklin pour négocier le traité de Paris qui met un terme à la révolution américaine.
Nommé ambassadeur des États-Unis à Londres, il écrit en 1787 la Défense des constitutions du gouvernement des États-Unis, dans laquelle, s’inspirant plus ou moins directement de Montesquieu, il développe les idées exprimées depuis 1776 sur la séparation des pouvoirs dans le cadre d’un système de poids et contrepoids (checks and balances) destiné à empêcher la tyrannie et sur la nécessité d’une Chambre haute composée des riches, des bien-nés et des « capables ».
Arrivé second à l’élection présidentielle de 1789, qui voit la victoire de Washington, il devient vice-président des États-Unis ; ce poste, « le plus insignifiant que l’imagination de l’homme ait conçu », lui permet néanmoins d’exercer une certaine influence ; il s’emploie notamment à résoudre des conflits politiques au Sénat entre démocrates, conduits par Thomas Jefferson, soucieux de préserver la liberté individuelle et de limiter les pouvoirs du gouvernement fort et centralisé favorisant les industriels, les propriétaires terriens et les marchands. Moins conservateur que d’autres, Adams devient cependant un des chefs du parti fédéraliste. Jusqu’à son élection à la présidence en 1796, où il l’emporte par trois voix de majorité, il n’est pas véritablement contesté. Il n’en commence pas moins son mandat entouré d’une certaine suspicion, tant de la part de Jefferson que de celle de Hamilton. Il continue la politique de Washington dont il garde le cabinet et, le plus souvent, sollicite le concours de Hamilton. Refusant d’être à la fois président et chef de parti, méconnaissant l’influence des partis, Adams, très vite, se trouve confronté à de nombreuses attaques. La Révolution française et la guerre entre la France et l’Angleterre qui s’ensuit, en accentuant l’opposition entre les fédéralistes, partisans de l’Angleterre et d’une défense armée vis-à-vis de la France, et les démocrates qui soutiennent celle-ci, alors que Adams souhaite avant tout promouvoir la paix par la négociation, accélèrent la crise. En réussissant à éviter la guerre, en s’opposant à l’application des « lois contre les étrangers et les séditieux » votées en 1798 à l’instigation des fédéralistes pour restreindre les activités des partisans des révolutionnaires français et limiter les critiques envers le gouvernement, Adams s’aliène le soutien fédéraliste et n’est pas réélu en 1800. Il retourne à Quincy où il demeure jusqu’à sa mort, écrivant d’innombrables lettres sur la révolution américaine. Réconcilié avec Jefferson, il connaît une ultime joie lors de l’élection à la présidence des États-Unis, en 1825, de son fils John Quincy, et meurt le même jour que Jefferson, le 4 juillet 1826, date du cinquantième anniversaire de la Déclaration d’indépendance.
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1801 - 1809 |
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Thomas Jefferson
Né le 17 avril 1743 à Shadwell (Virginie) - mort le 4 juillet 1826 à Monticello (Virginie)
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L’un des fondateurs de la République des États-Unis, Thomas Jefferson est issu d’un milieu aisé. Avocat en 1767, attiré par la vie politique et grand lecteur des philosophes, il écrit A Summary View of the Rights of British America (1774) et siège à la Chambre des bourgeois de Virginie de 1769 à 1775 ; puis il participe au Congrès continental, où il est chargé de rédiger la Déclaration d’indépendance : le document porte sa marque. En 1779, il devient gouverneur de Virginie, et revient en 1781 au Congrès confédéral où il fait adopter le système décimal pour la monnaie nationale et une ordonnance (1784) qui organise les territoires à l’ouest des Appalaches. De 1785 à 1789, il est ambassadeur des États-Unis en France et publie ses Notes on Virginia (1785) ; sa réputation, ses talents lui donnent une forte influence sur les patriotes français.
Le président George Washington le fait entrer dans son cabinet comme secrétaire d’État. Mais Jefferson, partisan d’un pouvoir fédéral limité, se heurte au secrétaire au Trésor, Hamilton, et quitte le cabinet en 1793 pour fonder le Parti républicain démocrate. Persuadé que c’est dans l’agriculture que réside l’avenir des États-Unis, que ce pays est, à condition de refuser l’industrialisation, « le meilleur espoir du monde », Jefferson est le champion de la pensée physiocratique ; il éprouve des sympathies pour la Révolution française, en particulier dans sa phase girondine. En 1796, il est élu à la vice-présidence, tandis que le président, John Adams, appartient au Parti fédéraliste. En 1800, Jefferson accède à la présidence. Il sera réélu en 1804. Sans le vouloir expressément, Jefferson renforce le pouvoir présidentiel ; en 1803, il achète à la France la Louisiane et contribue ainsi à étendre les pouvoirs du gouvernement fédéral. Sur le plan économique, il ne touche pas à l’œuvre de Hamilton. Il tâche de garder la neutralité entre Napoléon et l’Angleterre et n’hésite pas à décider l’interruption du commerce américain avec l’Europe.
Retiré dans sa maison de Monticello , Jefferson écrit, conseille ses successeurs, fait construire l’université de Virginie. Au-delà de son importance politique, il a incarné la civilisation américaine de la fin du XVIIIe siècle. |
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